Pas un jour sans qu'une étude d'analystes ne vienne livrer sa flopée de chiffres faisant état de perspectives de croissance florissante du marché de l'assurance islamique dite «Takaful», c'est-à-dire conforme aux lois de la charia. Celle-ci proscrit les investissements dans certains secteurs considérés comme contraires aux règles de l'islam telles que le jeu, l'alcool ou l'armement. La spéculation est également interdite, tout comme le paiement d'un intérêt fixe.

Selon les prévisions de l'assureur américain AIG, le montant des primes des produits d'assurance islamique dans le monde sera multiplié par cinq à 11 milliards de dollars d'ici à 2015. «Le marché global de l'assurance Takaful augmente de près de 15% par an», expliquait Abdallah Kubursi, le vice-président de la région Moyen-Orient d'AIG, lors d'une conférence de presse à Dubaï la semaine dernière. L'assurance islamique ne représente encore qu'une goutte d'eau à l'échelle mondiale.

Mais le marché est appelé à se développer plus rapidement que celui de l'assurance traditionnelle, dans la mesure où la population est encore largement sous-équipée dans de nombreux pays du Golfe. La demande pour les produits de finance islamique est croissante dans cette zone où l'argent du pétrole afflue.

L'Asie du Sud-Est, Singapour, la Malaisie et l'Indonésie ont pris une avance considérable en la matière. «La montée en puissance du communautarisme pousse les populations musulmanes à se tourner vers ce type de produits respectueux des principes religieux», souligne un professionnel français de la réassurance. Mais, précise-t-il, «nous n'avons pas la visibilité nécessaire pour dire si la croissance du marché sera à la hauteur des espérances». En pleine expansion, l'activité financière islamique n'est pas en effet sans soulever certaines questions. «Takaful, un nouveau business model viable ou bien une simple opportunité marketing?» s'interroge ainsi Standard and Poor's, dans une étude publiée début avril.

Ce qui est certain, c'est que les poids lourds occidentaux de l'assurance sont amenés à se positionner sur le segment du Takaful.

Le bancassureur allemand Allianz a obtenu, début mars, une licence l'autorisant à développer des activités d'assurance vie Takaful à Bahreïn.

Les sociétés de réassurance emboîtent également le pas des assureurs, à l'instar du français Scor. Déjà fortement implanté en Malaisie sur le marché de l'assurance traditionnelle, le groupe dirigé par Denis Kessler vient d'obtenir une licence pour souscrire des contrats de réassurance non vie via sa filiale Scor Asia Pacific.

Une démarche qui s'explique avant tout, selon le groupe, par le souci de proximité avec la clientèle.