Dix ans après sa création par une fusion entre le néerlandais Amev-VSB et le belge AG, le bancassureur Fortis entre dans «une nouvelle phase» organisationnelle. Le 27 septembre, le groupe tiendra une assemblée générale extraordinaire des actionnaires pour modifier ses statuts et entériner la nomination officielle du nouveau président. L'opération sera une formalité. Anton van Rossum, le nouveau dirigeant qui remplace le duo à la tête de Fortis depuis sa création, prend en fait ses fonctions le 1er septembre.

Ce changement d'hommes s'accompagne d'une modification des structures dirigeantes. Le directoire et le conseil de surveillance seront remplacés par un seul et même conseil composé de 15 administrateurs. A sa tête, Hans Bartelds et Maurice Lippens, actuels dirigeants exécutifs du groupe. Anton van Rossum sera membre de ce conseil. Mais il présidera surtout le comité exécutif, secondé par trois autres personnes.

Bon premier semestre

En outre, le groupe s'engage à en finir avec ses deux actions, Fortis Amev et Fortis AG, respectivement cotées à Amsterdam et Bruxelles. D'ici à «la fin 2001», le bancassureur aura un titre unique. Explication de Henjo Hielkema, membre du directoire: «Les actions Fortis sont sous-évaluées du fait de leur dualité. Lorsque nous parlons avec un gros investisseur international, il nous dit que nos titres ne sont pas assez liquides.»

Une seule action, inscrite à Euronext, l'alliance des bourses d'Amsterdam, Paris et Bruxelles, accroîtra cette liquidité. Mais les dirigeants du bancassureur voient plus loin: tout en affirmant qu'il n'y a aucune urgence, ils ne cachent pas qu'une fusion avec un autre géant européen est du domaine du possible. Une action unique réévaluant le groupe à ce qu'ils estiment être sa juste valeur est indispensable pour être en position de force dans une négociation, rappellent les patrons néerlandais de Fortis.

Pour parachever l'intégration, le groupe devrait se choisir un siège unique. Sur ce point, la prudence est encore de mise: «Le futur président devra décider si c'est effectivement opportun, et, si oui, où le placer, sur des bases fiscales, juridiques, etc.», indique Hans Bartelds. Il devra aussi prendre en compte des considérations d'ordre culturel, voire politique, les Belges s'inquiétant du fait que Néerlandais et Français s'approprient nombre de leurs grandes entreprises.

En attendant, l'année 2000 se présente bien. Au premier semestre, le bénéfice net est en hausse de 25% à 1,5 milliard d'euros, tandis que le rendement sur fonds propres atteint 20,1%, loin de l'objectif minimum de 12%. Pour l'ensemble de l'année, Fortis prévoit une croissance du bénéfice net d'environ 20% et une croissance du bénéfice par action entre 12 et 15%, contre 16% au premier semestre.

Amélioration sensible

Satisfaits, les dirigeants du groupe ont toutefois les yeux rivés sur l'augmentation des coûts dans le secteur bancaire notamment. A l'heure actuelle, ceux-ci représentent, tout confondu, 61,2% des revenus de Fortis Bank. «L'amélioration est sensible, si l'on compare ce ratio aux 67,2% du premier semestre 1998. Mais notre objectif est de descendre en trois ans à 55%», affirme son coprésident, Hans Bartelds. Ceci passera notamment par l'accroissement des synergies entre les diverses entités bancaires.

Exemple? «Nous n'avons pas besoin de cinq systèmes différents pour l'acceptation d'un crédit immobilier. Il faut rationaliser.» En matière d'assurances hors de l'Europe, Fortis poursuit une stratégie qui fait ses preuves: aux Etats-Unis, le groupe acquiert des sociétés spécialisées dans des niches. L'an dernier, Il a ainsi déboursé 2,6 milliards de dollars pour American Bankers Insurance, active dans l'assurance crédit. «Nous allons nous renforcer dans ce secteur, de même que dans l'assurance obsèques, l'assurance santé individuelle, l'incapacité de travail ou les soins dentaires», énumère Henjo Hielkema.

En Asie, le groupe recherche des possibilités de joint-venture avec des établissements bancaires lui offrant un réseau de distribution.