Le moins que l'on puisse dire des marchés financiers est qu'ils déçoivent l'investisseur. La Bourse a perdu un bon cinquième de sa capitalisation totale depuis le début de l'année, le rendement des placements obligataires de père de famille est plus bas que jamais, et les marchés monétaires compensent à peine l'inflation qui s'annonce. Cependant, jamais à court d'une idée nouvelle pour séduire l'épargnant désorienté, les établissements bancaires ont inventé un nouveau concept aguicheur: le placement alternatif.

La caractéristique essentielle des fonds alternatifs (hedge funds) et autres manières transversales de tirer parti de l'imperfection des marchés réside dans une approche hétérodoxe du risque. Ces instruments financiers font jouer l'effet de levier que la théorie de l'opinion contraire permet de mettre en jeu, et qui consiste, par exemple, à vendre à terme les actifs financiers à la mode que tout le monde achète, et dont la probabilité est par conséquent assez élevée qu'ils se trouvent, de ce fait même, surévalués. Ou, inversement, acheter à terme ou, mieux encore, accumuler des options call sur des actifs manifestement survendus. Dans la même veine, les fonds alternatifs s'intéressent aux classes d'actifs momentanément négligées – matières premières, junk bonds, actions de sociétés non encore cotées en Bourse, biens réels de toute nature (vins millésimés, œuvres d'art, etc.) –, qui pourraient trouver une nouvelle vie.

Certains hedge funds ont enregistré des performances stupéfiantes, d'autres ont frôlé la catastrophe. En général, on se garde de mentionner les seconds. «Lorsque les marchés n'ont plus de tendance (lire: haussière), il est encore possible de faire de l'argent en jouant la volatilité», affirment en substance les placards publicitaires vantant les charmes des produits alternatifs. Avec un certain succès, puisque ces annonces et les produits qu'elles promeuvent se multiplient dans les journaux.

Contrairement au proverbe cependant, abondance de biens nuit. Le propre de la gestion alternative est en effet de ne concerner qu'une minorité de positions. Dès l'instant où une proportion importante de placeurs de capitaux opte pour des stratégies considérées comme alternatives, ces dernières ne sont plus du tout alternatives, et deviennent dominantes. Résultat: l'effet de levier se dilue dans la masse, et les gains espérés ne se produisent plus. Le risque lié aux placements alternatifs réside donc très précisément dans la popularité croissante dont ils bénéficient: plus il y a de joueurs, moins les chances de gain qui les ont attirés se vérifient. La gestion alternative est victime à sa manière d'une «bulle spéculative» et, comme le faisait remarquer un confrère de la NZZ, les investisseurs feraient bien de ne pas croire de trop bonne foi à l'émergence, au pays de la finance, d'un nouveau mât de cocagne.

Cette chronique, qui paraît habituellement le mardi, est réalisée en collaboration avec le Forum des investisseurs privés. Elle peut être consultée sur le site du Forum: http://www.fipe.net/.