L'autorité de surveillance boursière américaine, la «SEC» (Securities and Exchange Commission), a pris la semaine dernière une décision intéressante. Les sociétés cotées n'auront désormais plus le droit de distribuer en avant-première à des analystes financiers choisis des informations susceptibles d'influencer les cours de Bourse. Elles devront dorénavant informer simultanément l'ensemble des investisseurs par le truchement de communiqués de presse acheminés par les voies traditionnelles ou via leur site Web, ou encore en transmettant ces informations à la SEC.

L'entrée en vigueur de cette nouvelle règle de «Fair Disclosure» a irrité la communauté financière américaine, mais réjouira l'investisseur privé comme elle comblera d'aise tout observateur attaché aux principes de l'économie de marché en général et aux règles de la libre concurrence en particulier. Le marché ne peut en effet fonctionner dans l'intérêt général que pour autant que soit maintenu – au besoin par une norme contraignante – un minimum d'égalité d'accès à l'information pertinente.

Toute situation inverse d'«asymétrie» dans l'accès à l'information engendre des inégalités de chances qui sont elles-mêmes à l'origine de la formation de rentes de situation et autres positions dominantes sur le marché. Et les positions dominantes sont la négation même des vertus autorégulatrices du marché. Voilà en tout cas pour la théorie.

Dans la pratique, il risque d'en aller un peu autrement. Rien n'est plus ardu, en effet, que la traque aux informations d'initiés. Comment vérifier qu'un mouvement de cours en Bourse, quelques heures avant la publication d'une information «sensible», n'est pas l'indice d'une «fuite»? Combien d'affaires d'initiés ou supposées telles, ayant déclenché l'ouverture d'une enquête de l'autorité boursière, n'ont pas fini en eau de boudin? Les preuves d'indélicatesse sinon de violation crasse des règles de confidentialité sont excessivement difficiles à réunir, tant les possibilités de contourner la surveillance sont nombreuses.

La moralisation des comportements au sein de la communauté financière n'en exige pas moins que tout soit entrepris, fût-ce pour la gloire, dans le but d'en éloigner au moins les pires excès.

Evidemment, du même coup, c'est toute l'industrie financière qui voit ainsi remise en cause une bonne partie de sa substance. Si l'information pertinente – de la collecte de laquelle ils ont fait l'essentiel de leur métier – est dorénavant gratuite et instantanément accessible, de quelles sources de revenus les intermédiaires financiers vivront-ils à l'avenir? On retrouve ici une problématique très voisine de celle découlant de l'imposition de droits de propriété intellectuelle (brevets, accords d'exclusivité, prix imposés, etc.) sur les marchés des biens en violation complète des principes de la libre concurrence qui sont censés les gouverner.

En l'état, force est de reconnaître qu'aucune réponse satisfaisante ne lui a été apportée. L'analyse financière tout comme la recherche pharmaceutique ont un coût, qu'il faut bien pouvoir récupérer quelque part. Si leurs résultats sont aussitôt portés à la connaissance du public, qui paiera les analystes et les chercheurs?

*Cette chronique, qui paraît toutes les trois semaines, est réalisée en collaboration avec le Forum des investisseurs privés. Elle peut aussi être consultée sur le site Web du Forum: http://www.fipe.net/