Les corrections boursières ont ceci de bon qu'elles obligent à prendre sa tête dans les mains et à réfléchir. Pourquoi ce qui hier encore nourrissait régulièrement la hausse se retourne à présent contre elle? Par quel enchaînement explicable des événements extérieurs et finalement assez lointains entraînent des répercussions aussi incisives dans la valeur négociée de titres réputés pourtant d'excellente qualité?

Laissons de côté un instant les justifications habituellement avancées pour rationaliser après coup les mouvements de la cote (amélioration des perspectives bénéficiaires, abondance des liquidités, faible loyer de l'argent, absence d'inflation), et intéressons-nous aux racines économiques des comportements acheteurs et vendeurs.

Les épargnants et les placeurs de capitaux en général sont évidemment mus par la recherche du rendement moyen le plus élevé possible. A l'inverse, les utilisateurs (au sens large) de l'épargne, c'est-à-dire les entreprises émettant des actions, cherchent tout aussi évidemment à se procurer du capital au coût le plus bas.

Dans une situation de hausse prolongée des cours, les premiers obtiennent, grâce aux plus-values qu'ils réalisent, des rendements moyens globaux de plus en plus élevés. Le niveau symétriquement de plus en plus bas du rendement direct dégagé par les actions (c'est-à-dire du rapport entre les dividendes distribués et les cours en bourse) devrait en bonne logique inciter les seconds à émettre davantage d'actions, puisque l'agio qu'ils peuvent obtenir grâce aux bonnes dispositions du marché réduit considérablement le coût du capital. Or les sociétés cotées ne le font pas. Au contraire même, elles considèrent comme de bon ton de racheter leurs propres actions!

Si donc les entreprises n'émettent pas davantage d'actions dans des périodes boursières pourtant propices, ce ne peut être que pour la raison qu'elles ont accès à d'autres sources de financement qui leur paraissent en définitive encore plus avantageuses. N'oublions pas, tout d'abord, qu'un niveau durablement plus élevé du cours des actions conduit les entreprises à devoir envisager de distribuer dans le futur davantage de dividendes aux actionnaires. Ensuite – et le fait a été mis en évidence par plusieurs études américaines – le recours à des capitaux de tiers peut s'avérer bien moins coûteux qu'on ne le penserait à la seule vue du niveau des taux d'intérêt (même lorsque ceux-ci paraissent comparativement bas), lorsque précisément il permet d'économiser des fonds propres dont le rendement moyen est plus élevé. Il y a donc, en période de hausse, un phénomène paradoxal de raréfaction de l'offre de titres, qui vient dans un premier temps en tout cas soutenir le mouvement ascendant des cours.

Mais, à l'inverse, ce même mouvement de hausse vide peu à peu de leur contenu les espoirs de rendement fondés sur les plus-values que nourrissent les acheteurs de titres, lesquels finissent par s'apercevoir de l'irréalisme de leurs attentes. Dans l'air raréfié des altitudes stratosphériques auxquelles les actions sont parvenues, il est normal que les cours baissent suffisamment pour revenir à des niveaux dégageant des rendements directs plus élevés.

S'il a été maintes fois vérifié que, dans la durée (et l'on parle ici de périodes de temps de plusieurs décennies), les placements en actions rapportaient davantage que les placements en obligations ou en immeubles, c'est pour l'essentiel que leur rendement global incorpore une prime de risque. Or, pour que ce supplément de rendement trouve sa justification, il faut bien que le risque qu'il a pour fonction de rémunérer se produise de temps à autre. On y est.

Cette chronique, qui paraît tous les quinze jours, est réalisée en collaboration avec le Forum des investisseurs privés. Elle peut aussi être consultée sur le site Web du Forum: http://nwiinc.com/jcp