Peu avant le lancement de la nouvelle monnaie européenne, trois questions alimentaient l'essentiel des discussions entre spécialistes de la finance: l'euro serait-il fort ou faible? S'avérerait-il stable ou au contraire volatil? Deviendrait-il une monnaie importante?

De façon générale, on imaginait l'euro plutôt fort, en raison du confortable surplus dégagé par la balance courante des pays de la zone euro vis-à-vis de l'extérieur, et peut-être davantage encore en raison de la politique rigoureuse que, dans le doute, la Banque centrale européenne allait probablement devoir suivre pour mieux asseoir sa crédibilité.

On imaginait en revanche l'euro plutôt instable, pour le motif que cette même Banque centrale européenne se soucierait sans doute davantage de ses objectifs internes – la stabilité des prix, la régulation conjoncturelle, etc. – qu'elle ne s'emploierait à viser un quelconque objectif de taux de change, préoccupation désormais reléguée au second plan.

Enfin, on voyait dans l'euro une monnaie certes promise à un bel avenir sur le marché financier international, mais qui devrait au préalable faire ses preuves. Autrement dit: le dollar allait rester pour longtemps encore la monnaie de placement privilégiée par les émetteurs et les souscripteurs de titres négociés aux quatre coins de la planète. Les financiers se sont trompés sur toute la ligne!

Malgré le substantiel excédent de la balance des paiements courants de la zone euro et nonobstant la grande prudence manifestée par la Banque centrale européenne dans le pilotage de l'offre monétaire au cours de ses premiers mois d'activité, l'euro s'est d'emblée taillé une réputation de monnaie «à la peine» face au dollar, et le jugement porté sur lui par les opérateurs est plutôt celui d'une monnaie sinon faible, du moins à la tenue fragile et incertaine.

En revanche, l'euro n'a pas manifesté de volatilité particulière: à aucun moment les banques centrales n'ont eu à intervenir sur les marchés des changes pour faire barrage à des mouvements de capitaux qui, par leur soudaineté et leur ampleur, auraient pu mettre en danger la stabilité des relations entre l'euro et les autres grandes monnaies.

Enfin, et c'est peut-être la plus grande surprise, l'euro s'est immédiatement hissé aux premiers rangs de l'activité financière internationale. Au cours des trois premiers mois de l'année, il a même carrément supplanté le dollar en tant que monnaie favorite dans les grandes émissions d'obligations internationales. 44,6% des nouvelles émissions ont en effet été libellées en euro, contre 44,4% seulement en dollar. Le fait, relevé par l'hebdomadaire The Economist, est d'autant plus remarquable que le volume global des émissions a fortement augmenté, passant de l'équivalent de 312 milliards de dollars (pardon: 290 milliards d'euros…) au cours du premier trimestre de 1998 à quelque 407 milliards de dollars (378,5 milliards d'euros) cette année.

L'avènement de l'euro a ainsi plus que compensé la disparition de l'Ecu et des quelques grandes monnaies européennes (DM, FF, etc.) volontiers utilisées jusqu'alors dans l'activité internationale d'émissions. Tandis que la part du dollar est redescendue de 46 à 44,4%, celle de ce que l'on pourrait appeler les monnaies du bloc euro a passé quant à elle de 36,2% (18,6% pour l'Ecu et 17,6% pour les monnaies «in») à 44,6%. Les principales perdantes sont les monnaies extérieures à ces deux principales zones monétaires, et notamment la livre anglaise, dont la part a chuté de 9,5 à 5,9% en l'espace d'une année.

Raison pour laquelle, peut-être, de plus en plus de Britanniques envisagent, résignés, de rejoindre l'Union économique et monétaire européenne d'ici à deux ou trois ans. En tout cas, constate The Economist, une grande majorité d'économistes de la Couronne se prononcent désormais en faveur de l'euro…

* Cette chronique, qui paraît tous les quinze jours, est réalisée en collaboration avec le Forum des investisseurs privés. Elle peut aussi être consultée sur le site Web du Forum: http://www.jcp-marketing-event.ch/forum/forum.html