Une étude scrupuleusement menée par trois universitaires saint-gallois aboutit à la conclusion que les produits dits «structurés» lancés à foison et sous les noms les plus folkloriques («Eros», «Goal», «Vonti», «Leman», «Slam» et autres «Bloc») par un nombre croissant d'établissements bancaires sont vendus dans trois cas sur quatre à un prix trop élevé. Par prix trop élevé, il faut entendre en l'occurrence un prix supérieur à celui que l'investisseur devrait payer s'il investissait directement dans les éléments constitutifs du produit considéré (titres ou dépôts sur le marché monétaire, options standardisées traitées sur l'Eurex par exemple). La comparaison est basée sur l'évaluation des volatilités implicites des uns et des autres – puisque le prix des options est, comme on sait, fonction de la plus ou moins grande volatilité du sous-jacent.

La constatation est intéressante à plus d'un titre. Elle révèle tout d'abord que les banques ne fixent pas les prix d'émission de ces instruments financiers dérivés de n'importe quelle manière, mais qu'elles en font au contraire une source importante de revenus en pratiquant de manière délibérée des prix que l'investisseur serait bien en peine de décortiquer, faute de disposer des outils d'analyse, et de pouvoir ainsi comparer ce qui est comparable.

Il apparaît ensuite que les banques anglo-saxonnes particulièrement actives sur ce marché sont d'autant moins «chères» qu'elles sont physiquement peu présentes dans le private banking. En d'autres termes, tout semble indiquer que ces banques cherchent à attirer le public par une politique de prix plus avantageux que ceux pratiqués par les banques disposant traditionnellement d'une clientèle privée et donc en quelque sorte «captive».

Enfin, ce que l'étude en question ne dit pas, c'est que les banques gagnent beaucoup d'argent non seulement lors de l'émission, mais encore sur le marché secondaire qu'elles entretiennent pour leurs propres produits en fixant des spreads non négligeables entre prix d'achat et prix de vente.

A ce qu'il paraît, le volume des produits structurés ainsi émis et traités de gré à gré prend des proportions tout à fait impressionnantes en Suisse. L'investisseur, essentiellement privé, semble avoir trouvé dans le recours à ces nouveaux instruments financiers une diversion aux performances médiocres des marchés boursiers. Apparemment, il y trouve son compte, mais moyennant une prise de risque élevée dont il n'a pas toujours conscience, puisque la façon dont ces produits éminemment volatils (on peut y perdre jusqu'à l'entier de sa mise) sont la plupart du temps mis en vente est de nature à engendrer un faux sentiment de sécurité. Gare, donc, aux prospectus alléchants!

Cette chronique, qui paraît une fois par mois, est réalisée en collaboration avec le Forum des investisseurs privés. Elle peut aussi être consultée sur le site Web du Forum: http://www.fipe.net/