Question: comment réagit d'ordinaire le marché boursier lorsque l'autorité monétaire relève les taux d'intérêt? Réponse: les cours des actions baissent, car un loyer de l'argent plus élevé provoque – c'est l'effet recherché – un ralentissement de l'expansion économique et une moindre incitation à s'endetter, toutes choses de nature à réduire les perspectives de croissance et la rentabilité des sociétés cotées en Bourse.

Question: comment les marchés boursiers américains d'abord, européens ensuite, ont réagi à la décision du comité d'open market de la Réserve fédérale américaine, prise mercredi dernier, de relever d'un quart de point de pourcentage, à 5%, le taux de l'argent au jour le jour? Réponse: ils ont pris leur envol, au point de conduire par exemple l'indice Dow Jones des valeurs industrielles au niveau record de 11 139,24 points, qui représente la bagatelle de 21,32% de hausse depuis le début de l'année.

On peut faire valoir que le relèvement des taux directeurs aux Etats-Unis avait déjà été largement «escompté» par les marchés. On peut faire remarquer encore que les dernières statistiques relatives au marché du travail américain ne se sont pas trop écartées, elles non plus, des pronostics généralement émis. On peut enfin garder l'œil rivé sur l'indice des prix, qui demeure aux Etats-Unis encore plus qu'ailleurs remarquablement stable, comme au demeurant l'indice des prix à la production, qui ne signale aucune pression sur les coûts. Bref, on peut se rassurer de toutes sortes de manières convaincantes alors que les faits sont là: la bulle boursière a désormais atteint ce stade tout à fait typique de l'exagération spéculative à partir duquel n'importe quel argument est bon à prendre – surtout s'il apparaît, à l'instar de l'absence d'inflation, objectivement rassurant – pour conforter les acheteurs de titres dans l'idée que le mouvement haussier n'est pas terminé.

Rares et timides, en tout cas, sont les commentaires incitant à un peu de circonspection. «La vulnérabilité de Wall Street à une correction de 5-10% reste un thème d'actualité malgré la tendance haussière structurelle qui persiste», écrit par exemple le commentateur de la Banque du Gothard, qui ne sait visiblement pas trop sur quel pied danser. A peine plus résolu, mais demeurant malgré tout fondamentalement confiant, celui de l'UBS suggère de «profiter des accès de faiblesse de bonnes valeurs standards dotées d'une forte croissance potentielle pour constituer des positions». Quant aux équipiers de l'«Economic Research» du Credit Suisse, ils pensent carrément «qu'il faut s'attendre à un nouveau redressement des titres» bien que, concèdent-ils, «la progression des taux d'intérêt limite cependant le potentiel de hausse des marchés».

Parmi les rares commentateurs encore capables de sang-froid et de clairvoyance, il y a, imperturbables auteurs de rappels réguliers à l'ordre et à la raison, les collaborateurs de The Economist, qui dans la dernière édition de l'hebdomadaire décrivent très clairement ce qui pourrait arriver à l'économie américaine – et par conséquent à la conjoncture mondiale – dans l'hypothèse, point du tout à exclure, où la Bourse plongerait de 50%. «De telles bulles spéculatives se forment le plus souvent dans les périodes d'inflation inhabituellement faible, qui servent de prétexte aux autorités monétaires pour ne pas prendre en considération les indicateurs signalant pourtant un excès de demande potentiellement préoccupant. Ces exagérations boursières donnent généralement lieu à toutes sortes de discours au sujet de «nouveaux paradigmes. Et d'ordinaire, elles prennent fin dans la douleur et les larmes.»

La fête n'est peut-être pas finie, mais ceux que l'histoire intéresse pourront lire avec profit The Great Crash de Galbraith, maintes fois réédité, et paru en français sous le titre: La crise économique de 1929 – anatomie d'une catastrophe financière.

*Cette chronique, qui paraît toutes les trois semaines, est réalisée en collaboration avec le Forum des investisseurs privés. Elle peut aussi être consultée sur le site Web du

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