Echanges

Le forum des nouvelles Routes de la soie s’achève par une fausse note

Les Européens ont refusé de s’associer à un texte sur le commerce, jugé trop faible. La Suisse n’a pu participer aux discussions

Lors de sa dernière intervention lundi après-midi au lac Yangqi, au nord de Pékin, Xi Jinping a évoqué «l’atmosphère amicale et aimable» qui a entouré ce premier sommet consacré aux nouvelles Routes de la soie. Il a salué le «résultat positif» et le soutien à son initiative témoigné par l’adoption d’une déclaration commune par les quelque 30 chefs d’Etat et de gouvernement présents, dont la présidente de la Confédération, Doris Leuthard.

Pourtant, les Européens ont manifesté leur insatisfaction en refusant de signer un autre texte consacré au commerce international, selon l’AFP, qui cite une source diplomatique à Pékin. L’Allemagne et la France jugeraient que le document présenté par la Chine constitue un recul par rapport à d’autres textes acceptés ces dernières années par Pékin.

Manque de place pour la Suisse

Dimanche, la ministre allemande de l’Economie, Brigitte Zypries, avait fait part de son insatisfaction. Ces deux pays n’étaient pas représentés au plus haut niveau, l’Allemagne en particulier puisque la France était en pleine passation de pouvoirs. Or cette absence aurait limité le pouvoir de négociation de leurs représentants, glisse une source au Temps.

Côté Suisse, la présidente de la Confédération a déclaré ne pas avoir été associée aux discussions sur le texte en question, et qu’elle n’avait pas à faire de commentaire. Sa délégation a fait valoir que la Chine lui avait indiqué qu’il n’y avait plus de place lorsqu’elle a demandé à rejoindre ce groupe. Devant la presse lundi, Doris Leuthard a indiqué que «pour que l’initiative soit un succès, il est essentiel que les normes et standards internationaux soient respectés».

La réaction des Européens fait écho à l’impression d’un dialogue limité lors de ces deux jours de rencontres. Ce fut par exemple le cas dimanche après-midi lors de la réunion consacrée aux infrastructures, la seule que les autorités chinoises ont permis au Temps de suivre, l’accès à l’information étant des plus restreint.

Retour à la fin du XVIIIe siècle

Pendant près de trois heures, les responsables d’une série de pays et d’organisations internationales ont enchaîné des discours de quatre minutes. Délivrant, au final, deux types de messages: les pays en besoin d’infrastructures demandent à la Chine de venir investir chez eux; les autres proposent leur expertise pour participer à ces marchés potentiels de centaines de milliards de dollars. «La Chine a toujours été considérée comme un véritable ami», a justifié la Tanzanie. «Nous sommes un partenaire naturel», a assuré le Danemark après avoir mis en avant son savoir-faire en matière énergétique.

Cet exercice pouvait faire penser à la fin du XVIIIe siècle, lorsque l’Empire du Milieu était au faîte de sa puissance. Les quelques représentants étrangers, vus comme des «barbares», autorisés à venir à Pékin étaient censés accomplir le kowtow rituel, une prosternation, le front touchant terre par trois fois, comme le rappelle l’ancien secrétaire d’Etat américain Henry Kissinger dans De la Chine (Ed. Fayard).

La présidente de la Confédération a elle aussi montré les atouts de la Suisse. Elle s’est dit «convaincue que l’économie suisse allait pouvoir fournir une bonne contribution à l’initiative», qui vise à mieux relier l’Asie à l’Europe, l’Afrique, et même l’Amérique latine. Doris Leuthard a cependant souligné que ces nouvelles Routes de la soie restaient encore naissantes. Un premier bilan sera tiré en 2019. Xi Jinping, qui n’a pas fixé d’objectifs précis, a annoncé la tenue d’un nouveau forum.


Plusieurs signatures pour la Suisse

Pendant le bref séjour à Pékin de la présidente de la Confédération, plusieurs accords ont été signés entre des représentants suisses et leurs interlocuteurs chinois. Côté suisse romand, l’Etat de Genève – représenté par Pierre Maudet – et Cofco — représenté par son président Patrick Yu — ont signé ce week-end un accord de principe (MoU). Le négociant chinois a décidé d’implanter à Genève son siège européen et ses activités de négoce international. Ses effectifs pourraient doubler, à quelque 300 personnes.
Pour leur part, l’Université de Saint-Gall et la Beijing University of International Business and Economics ont annoncé la création d’une plateforme bilatérale de recherche sur les relations économiques entre les deux pays.
Trois accords ont été paraphés dans le domaine de la formation, dont un en finance entre l’Université de Zurich et la Peking University. Un autre l’a été dans le domaine de l’énergie, permettant de mettre en œuvre un texte signé en janvier. (F. L.)

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