Le Forum des 100 a été reporté au vendredi 25 septembre et aura lieu au Swiss Tech Convention Center de l'EPFL. Ce live-chat inaugure une série de Tête-à-tête du Forum des 100 en amont de l'événement. Post-Covid: la technologie peut-elle nous sauver? C'est le thème de l'édition 2020. Inscription: www.forumdes100.ch

 

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Nommé à la tête de Genève Aéroport en septembre 2016, André Schneider dirige un site qui regroupe pas moins de 11 000 collaborateurs qui travaillent au quotidien pour accueillir quelque 18 millions de passagers par an.

Mais 2020 promet de tous autres chiffres en raison de la crise du Covid-19 qui a fortement ébranlé l’ensemble du secteur aérien, mettant quasiment à l’arrêt les principaux aéroports de Suisse. Comment ce directeur, réputé sensible aux questions environnementales, s’apprête-t-il à relever les nouveaux défis de son aéroport?

Lors d’une discussion en ligne, le directeur de Genève Aéroport a répondu à toutes vos questions. Découvrez ses réponses ci-dessous:

Etant donné que l’activité à l’aéroport est encore très réduite, pourquoi autoriser les vols au départ ou à l’arrivée aux premières heures du matin ou tard le soir? Ne serait-il pas plus respectueux de concentrer les vols autour des heures centrales de la journée? (Chambésien)

Les vols que vous évoquez ont ces heures suite à une demande de la compagnie aérienne à une instance indépendante qui attribue des créneaux de décollage et d’atterrissage (Slot Coordination Switzerland). Une fois obtenues, ces heures de départs et arrivées sont garanties aux compagnies et l’aéroport ne peut pas les changer. De plus, les compagnies ont choisi ces heures pour des raisons opérationnelles pour répondre aux besoins des passagers qui veulent arriver à une certaine heure à leur destination.

La 5G va-t-elle être déployée pour les opérations aéroportuaires? (Fred)

Dans une volonté d’innovation, Genève Aéroport étudie de nombreuses pistes qui permettent d’améliorer le fonctionnement de ses opérations. La 5G pourrait répondre à l’avenir aux besoins de l’aéroport pour la gestion du trafic.

Pensez-vous que l’aéroport pourrait devenir un jour une vraie grande plateforme multimodale, renforçant notamment ses connexions ferroviaires et en agrandissant sa gare CFF? (Lindbergh)

Nous sommes déjà une grande plateforme de transport multimodale et nous avons d’ailleurs l’ambition d’aller encore plus loin, afin de faciliter l’accès à l’aéroport en transports publics. 50% de nos passagers empruntent les transports en commun, grâce par exemple à des tickets de transports publics que Genève Aéroport offre dans le hall d’arrivée des bagages. Genève Aéroport finance aussi par exemple de nombreuses lignes de bus qui desservent l’aéroport tôt le matin.

A l’heure du déconfinement, on a l’impression qu’un flou artistique règne à l’aéroport de Genève: les voyageurs ne savent pas s’ils doivent se mettre en quarantaine et aucun système d’information n’est prévu à cet effet. Quelle est votre explication en tant que directeur? (Patricia)

La décision du Conseil fédéral sur les pays à risque est destinée aux compagnies aériennes qui doivent informer leurs passagers. Genève Aéroport va déployer demain une initiative de communication pour les passagers arrivant et leurs responsabilités, car les compagnies n’ont pas toutes encore réagi. Genève Aéroport s’est toujours efforcé de respecter scrupuleusement les décisions de la Confédération et a aussi à de multiples occasions mis en œuvre des actions supplémentaires afin de protéger la santé des passagers et des employés.

L’agrandissement de l’aéroport de Cointrin est-il encore nécessaire quand on voit la rapidité avec laquelle le trafic aérien a diminué à la faveur de la pandémie? (Claire)

Déjà avant la crise, Genève Aéroport a estimé que sa croissance serait très limitée en passagers, probablement autour de 1,25%, et avec la crise il faut s’attendre à se retrouver proche des chiffres avant la crise qu’en 2023, et nous avons vu une décroissance des mouvements d’avions en 2018 et 2019.

De ce fait, nos travaux se concentrent essentiellement autour de l’amélioration de la qualité des infrastructures existantes. Surtout quand on sait que notre terminal principal a été mis en service en 1968!

Comment voyez-vous l’avenir des commerces type «duty free» dans les aéroports? Reviendront-ils à une croissance parallèle au nombre de passagers ou bénéficieront-ils d’un rebond grâce à des actions, achats de plaisir postconfinement, etc.? (Xavier)

La crise du Covid-19 démontre qu’un aéroport doit être attentif à la diversification de ses revenus mais cela devra demeurer dans le cadre de l’exploitation d’un aéroport, qui reste notre activité principale. Dynamiser les surfaces de vente ou bien encore explorer d’autres pistes qui permettent de ne pas être trop exclusivement lié au trafic aérien sont des préoccupations de poids. Les pistes importantes et porteuses d’avenir gravitent autour de l’expérience du passager qui passe par l’aéroport mais aussi par des offres dans le cadre de l’e-commerce.

L’arrêt du trafic aérien pendant plusieurs semaines nous a permis, en tant que résidents riverains (Versoix) de dormir de nouveau avec une qualité de sommeil que l’on avait oubliée, et de profiter de notre terrasse et de promenades en forêt qui nous ont vraiment détendus. La reprise du trafic va-t-elle reposer la question de la santé des populations riveraines (en particulier celle de leur sommeil) et limiter les vols tardifs et matinaux comme le fait déjà Zurich? Que prévoyez-vous? (André)

Dans le cadre de notre Plan sectoriel d’infrastructure aéronautique, nous allons réduire notre impact bruit sur les riverains au niveau de 2000. De plus, nous travaillons avec les compagnies aériennes afin de réduire les vols après 22 heures en retard, et nous avons pu les réduire de 5% l’année passée. Et si vous voulez en savoir encore plus sur notre stratégie et nos efforts, rendez-vous sur notre site, en cliquant ici.

Avec la crise sanitaire, comment arrivez-vous à gérer aujourd’hui les files d’attente? Ne se dirige-t-on pas vers une situation très problématique lorsque le trafic redeviendra important? (ChrisCraft)

Actuellement, vu la faiblesse du trafic, l’aéroport ne rencontre aucune difficulté pour gérer les flux de passagers, de bagages et d’aéronefs. Par ailleurs, ces dernières années, nous avons réussi à réduire les temps d’attente de moitié, en investissant plus de 60 millions dans notre infrastructure.

De plus, nous avons mis un effort important dans notre plan de protection sanitaire pour trouver un bon équilibre entre la protection de nos passagers et nos employés et une gestion efficace du parcours du passager pour assurer que cela se passe de manière aussi fluide que possible.

Par ailleurs, avant le Covid-19, nous nous sommes engagés dans la réfection totale de notre tri bagage. Un chantier énorme de plus de 300 millions qui nous permettra d’être encore plus efficaces pour l’acheminement des bagages, de l’enregistrement jusqu’à la soute des avions.

Je suis bloquée en Suisse avec ma famille. Quelle est votre politique pour les entrées et sorties des avions pour l’Amérique latine? Et quelles seraient les dates de réouverture? (Lilia)

D’abord, nous n’avons aucune liaison directe avec l’Amérique latine depuis Genève. De plus, la reprise des vols intercontinentaux dépend des compagnies aériennes et des ouvertures de frontières. Comme cela bouge beaucoup, nous avons publié une page sur notre site internet qui donne les dates d’ouverture des lignes. Vous la trouvez sous: www.gva.ch/reprise

Pourquoi n’est-on pas capable d’introduire une taxe mondiale sur le kérosène? Ne serait-ce pas donner enfin un «juste prix» aux billets d’avion et du coup rendre le trafic aérien plus acceptable au regard du défi climatique? (Alain)

Il faut savoir que le principe de non-taxation du kérosène découle d’une convention internationale qui formulait après la Seconde Guerre mondiale le pari de faire participer le monde aérien au développement des pays les moins favorisés. Ce pari est réussi mais il n’est pas encore totalement atteint. Il n’est d’ailleurs pas innocent que Jacques Chirac, à la tribune de l’ONU, ait proposé il y a près de vingt ans de modifier cette convention, afin de taxer le kérosène, pour aider les pays en voie de développement. Il inscrivait son discours dans une forme de cohérence historique très compréhensible. Je suis surpris de constater qu’il faudrait aujourd’hui ne réfléchir à cette question que sous le seul angle climatique, alors même que de très nombreuses régions de notre planète ne bénéficient pas d’accès aériens.

Quant à votre question du juste prix pour les billets d’avion. Je ne sais pas ce qu’est le «juste prix»! Je sais en revanche que le renouvellement du parc des aéronefs, voire l’arrivée des avions électriques, offre des solutions technologiques qu’il faut explorer. Cela ne signifie pas qu’un aéroport soit passif. Comme je vous l’ai expliqué précédemment, nous faisons énormément, en particulier afin d’attirer ces aéronefs de nouvelle génération, moins bruyant et plus économe en kérosène.

Vous avez été musicien professionnel, puis directeur du WEF pendant de longues années, vous êtes aussi un expert en durabilité… Qu’est-ce qui vous a attiré à l’AIG? Avez-vous comme objectif personnel de contribuer à un secteur aérien plus respectueux de l’environnement? Ou avez-vous changé de convictions? (Pierre)

Dans toutes mes positions, j’ai toujours essayé d’apporter ma contribution à la société et aux grands défis. Comme nous vivons dans un monde global et interconnecté autant social, économique que politique, l’aviation est cruciale pour assurer les rouages et permettre que ces interconnexions puissent vivre.

Dans le contexte actuel, avec l’importance de lutter contre le changement climatique, il me semble aussi très important d’œuvrer pour que l’aviation se décarbonise et continue à soutenir notre monde d’une manière plus durable.

Vous êtes réputé sensible aux questions environnementales, c’est tout à votre honneur. Les compagnies aériennes ont bénéficié de 123 milliards de dollars d’aides suite à la crise du Covid-19. Or, certaines d’entre elles continuent de transporter certaines choses qui me paraissent éthiquement incompatibles avec la protection de notre planète. Par exemple, des ailerons de requins, illégalement pêchés et mutilés vivants, pour alimenter le marché de la soupe aux ailerons de requins. En tant que directeur d’un aéroport international, avez-vous la possibilité de gérer ces problématiques? Vous engagez-vous à le faire? (DMA)

Je vous confirme que le directeur d’un aéroport ne dispose pas des compétences de l’Organisation mondiale du commerce et des pays qui la composent. Mais nous restons attentifs à ces questions et nous soutenons les efforts des instances mondiales et nationales pour améliorer cela.

Comment comptez-vous réduire la très grande part des émissions de gaz à effet de serre de l’aviation dans le bilan climatique de la Suisse? (Delio FD)

L’aéroport développe déjà une politique qui lui permet de compenser intégralement ses propres émissions de CO2 et nos infrastructures sont reconnues comme étant exemplaires du point de vue énergétique par la Confédération. Nous poursuivons d’ailleurs nos efforts et je rappelle par exemple que dans le cadre de notre centenaire, nous baptiserons l’an prochain l’aile est et que cette dernière est recouverte de panneaux solaires sur 500 mètres de longueur et 25 mètres de largeur. L’une des plus grandes centrales solaires de Suisse! C’est un exemple parmi d’autres. J’invite les lecteurs à lire tout ce que nous faisons pour le développement durable. Ils y apprendront, entre autres, que nous serons totalement libérés des énergies fossiles en 2025 pour le chauffage et le refroidissement, grâce au raccordement de l’aéroport à Genilac (système de pompe à chaleur avec l’eau du lac qui permettra de chauffer et de refroidir nos bâtiments).

Genève Aéroport pratique par ailleurs une taxation différenciée afin de privilégier les avions qui offrent les meilleures performances environnementales. En marge des Accords de Paris, les compagnies aériennes, dans un accord international dénommé Corsia, se sont par ailleurs engagées à compenser toutes les émissions supplémentaires à celles émises lors de l’année qui précédera l’entrée en vigueur du système. Il y a encore beaucoup d’exemples qui démontrent que nous faisons énormément de choses afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Nous avons d’ailleurs pris des engagements solides sur notre impact environnemental, qui ont été validés dans le cadre du Plan sectoriel d’infrastructures aéronautiques par le Conseil fédéral.

Swissport se trouve dans une mauvaise passe, quelle est votre solution si le groupe HNA décide de mettre Swissport dans une situation de faillite? Peut-on s’attendre à ce que l’aéroport reprenne les activités au sol, comme il l’a déjà fait avec l’assistance aux passagers? (Bachir)

Dans les décisions prises pendant le Covid-19, notre gouvernement fédéral a déployé une logique systémique. Il ne s’est pas uniquement intéressé à la face visible de l’iceberg, c’est-à-dire les compagnies aériennes. Il a aussi songé à des mesures intelligentes de soutien aux compagnies d’assistance au sol. De toute façon, nous suivons de manière rapprochée l’évolution de la situation avec les entreprises importantes pour la bonne marche de Genève Aéroport, et je peux dire que je suis assez confiant pour les sociétés qui œuvrent sur le tarmac.

Finalement, nous n’envisageons pas de reprendre cette activité en tant que Genève Aéroport, car nous ne pouvons pas être gestionnaires de l’aéroport et offrir les services de cette plateforme sans qu’il y ait un conflit d’intérêts dans nos relations avec les compagnies aériennes.

Afin de diminuer les rotations utiles au départ de nos aéroports et pour le bien-être des riverains et pour notre santé, que pensez-vous de ces propositions qui reviennent souvent pour surtaxer les vols à bas prix et interdire les destinations nationales, facilement atteignables par le rail? (Eric)

Qu’est-ce qu’un vol à bas prix? Toutes les compagnies ont aligné leurs modèles d’affaires et pratiquent toutes des tarifications très variables. Quelle que soit la compagnie, il y a presque autant de prix de billets que de passagers dans les aéronefs. Quant à l’interdiction des destinations nationales facilement desservies par le rail, je peux comprendre l’idée derrière, mais par exemple dans le cas de Zurich, on ne doit pas oublier les personnes qui passent par Zurich pour une destination plus lointaine.

Une telle proposition risquerait de mettre en doute l’impact positif écologique et surtout pénaliser les vols intercontinentaux de Swiss. Un passager qui vole depuis Genève pour Zurich afin de prendre sa correspondance pour Singapour ne serait-il pas tenté de voler depuis Genève pour Francfort, Munich ou Paris afin d’aller à Singapour? Son bilan écologique serait donc encore plus mauvais et nous affaiblirions le hub zurichois. C’est du loose-loose! Face à de tels débats, la réflexion doit dépasser le cadre national.

Le voyageur aérien s’est démocratisé grâce à des prix attractifs et les passagers savent très bien que l’offre aérienne ne connaît pas les frontières. Je suis toutefois surpris de constater que le débat politique reste bien trop autocentré et donc éloigné des réalités.

Conclusion

J’aimerais remercier les lecteurs pour vos questions et votre intérêt pour Genève Aéroport. Genève Aéroport est une plateforme importante pour la région, le canton et la Genève internationale, l’aéroport génère plus que 33 000 postes et une valeur ajoutée annuelle de 4,1 milliards de francs.

L’aéroport est aussi la porte d’entrée de la Genève internationale avec toutes les régions du monde. C’est un lien qui permet aux familles de se retrouver même s’ils vivent à des endroits très éloignés, un lien qui facilite notre économie, qui est très orientée vers les exportations et les importations, un lien pour le tourisme dans la région, et finalement aussi l’occasion pour nous tous de découvrir d’autres régions de ce monde. Pour nous, Genève Aéroport a une responsabilité importante afin de participer à l’évolution vers la durabilité de l’aviation.

Ce mouvement est résolument engagé par tous les acteurs du monde aérien et Genève Aéroport y prend toute sa part. Genève Aéroport, durant son 100e anniversaire, vit une crise d’une importance jamais vu depuis la Deuxième Guerre mondiale. Toutes et tous les employés de Genève Aéroport et de la plateforme œuvrent pour nous permettre de sortir de cette crise et d’assurer le rôle stratégique de l’aéroport pour la région, le canton et la Genève internationale. Encore merci à vous toutes et tous.