Voilà huit ans que cela n’était pas arrivé. En Europe, la gestion de fortune «offshore» a fait, l’an dernier, aussi bien que la gestion «onshore». Pour les deux types d’activité, les afflux nets de fonds ont atteint +1%, selon un sondage publié lundi par Mc Kinsey. En 2010, l’un et l’autre affichaient respectivement 0% et +3% de nouveaux actifs. «Les banques offshore restent une bonne alternative, en dépit de la pression politique et réglementaire», note Jens Hagel. Le coauteur de l’étude souligne que la Suisse attire à la fois les actifs des pays émergents et les super-riches.

Mais le responsable de la gestion de fortune dans la région EMEA pour McKinsey prévient: «C’est une moyenne. Individuellement, les différences se creusent.» En fait, quatre banques sur dix ont perdu des clients l’an dernier.

L’effet taille joue à plein

Celles qui s’en sortent le mieux affichent des entrées de fonds nets de quelque 10%; alors que les «moins bonnes» déplorent jusqu’à 6% de recul. «Les banques bénéficiant d’une certaine taille parviennent mieux à adapter leur modèle aux circonstances, à s’ouvrir aux pays émergents», précise Jens Hagel. Un pari forcément plus compliqué pour les petites banques.

En termes de rentabilité, les marges des banques de gestion suisses ont subi une légère baisse en 2011, à 22 points de base, contre 23 en 2010 et 39 en 2007. Leurs homologues européennes, elles, sont restées stables, à 24 points. Il y a d’abord l’effet de l’appréciation du franc, avance Jens Hagel. Mais il y a aussi le comportement des clients dans le contexte de crise. D’une part, ceux-ci, moins actifs, génèrent moins de revenus de «brokerage». Ils sont aussi investis dans des actifs plus sûrs, telles les obligations ou le cash. Deux classes d’actifs qui constituent en moyenne près de 60% des portefeuilles, et qui sont moins rémunératrices pour les gérants. «Ceci est valable pour toutes les banques», note le responsable de McKinsey.

Pression sur les marges

Ce qui l’est moins, en revanche, c’est la cause structurelle de la baisse des marges. Le renforcement de la régulation transfrontalière fait que la hausse des coûts liés à la gestion du risque et à la «compliance» est plus marquée pour les entités suisses, ou pour la gestion «offshore», en général. Là aussi, la taille, et donc la capacité à absorber ces coûts fixes supplémentaires, compte de plus en plus. À moyen terme, les petites entités vont devoir trancher: «Soit elles se spécialisent dans des créneaux bien spécifiques, soit elles se regroupent ou se font racheter.» Dans le secteur, la consolidation n’est pas terminée, conclut Jens Hagel.