Diversification

Fosun, le géant chinois qui veut avaler le monde

Courtisé de toutes parts, le nouveau propriétaire du Club Med et du Cirque du Soleil enchaîne les acquisitions dans le monde

La liste des annonces s’allonge chaque semaine, ou presque. Rachat, transaction, ou simple évocation de son nom pour la reprise de tel fleuron européen ou américain, Fosun ne cesse de faire parler de lui.

Dernier exemple en date, le 3 mai. Le groupe chinois a offert aux actionnaires de Ironshore de racheter cet assureur américain pour 1,84 à 2 milliards de dollars. Soit la plus grande transaction à l’étranger menée par Fosun depuis 2011, a rappelé l’agence Moody’s.

Depuis janvier, Club Med, Cirque du Soleil et Thomas Cook ont été intégrés, en tout ou partie, à l’empire que construit le géant de Shanghai créé en 1992 avec 38 000 yuans (quelque 6000 francs) de capital. Alors étudiants, les quatre fondateurs, emmenés par Guo Guangchang, sont toujours aux commandes. Fosun signifie «étoile de l’Université de Fudan», dont ils sont issus. Au départ, la société conseillait les étrangers qui voulaient investir en Chine. Après avoir grandi dans la pharma puis l’or, le groupe affiche une capitalisation boursière équivalant à 11 milliards de francs. En 2014, il a réalisé 1,1 milliard de profit (24,2% de plus qu’en 2013). Son cours de bourse vient d’être multiplié par quatre en trois ans.

Et demain? Lundi, Reuters et Bloomberg ont annoncé que Fosun souhaitait lever un milliard de dollars, en actions, pour financer de nouvelles transactions. Les agences financières voient d’ailleurs Fosun partout. Le groupe de Guo Guangchang serait en lice pour racheter le Grosvenor, un palace de Londres. A Berlin, il participerait, avec le numéro deux de l’assurance en Chine, Ping An, à l’acquisition de 18 bâtiments de la Potsdamer Platz pour 1,6 milliard d’euros. Aux Etats-Unis, où l’an dernier il a manqué le rachat de Forbes, Fosun viserait le courtier immobilier Cushman & Wakefield. OneBeacon, un assureur des Bermudes coté à New York, l’intéresserait encore.

«Les responsables de Fosun sont harassés. Toutes banques d’affaires les courtisent», constate Alain Sepulchre. Consultant Asie pour BCG et maître de conférences à la Chinese University de Hongkong, cet ancien dirigeant de Total en Chine vient de coécrire «L’offensive chinoise en Europe» (Fayard). L’intérêt pour Fosun tient au fait qu’il est «le seul vrai acheteur chinois actif en dehors de l’industrie, décrypte-t-il. Sursollicité, Gao Guangchang ne touche plus terre. C’est normal après une telle réussite!»

En Suisse, cependant, Fosun a rencontré deux échecs. En 2013, un partenariat avec la biotech zurichoise Sellias a été rompu au bout de huit mois. L’an dernier, il n’a pas réussi à racheter Aurora, société américaine que Swiss Re a finalement cédée à un autre repreneur.

Haier, champion de l’électroménager, s’est développé en fabriquant d’abord des produits d’appel puis en montant en gamme, rappel Alain Sepulchre dans son livre. Huawei, le géant des télécoms, est passé de la sous-traitance au rapport avec les clients directs. Fosun, comme ChemChina (qui a repris Pirelli) ou Levono (les ordinateurs IBM), procède lui par des «acquisitions massives». Qu’il finance par la dette, mais aussi grâce aux assureurs dont il prend le contrôle. L’an dernier, Fosun s’est par exemple offert le portugais Caixas Seguros.

Gao Guangchang, dont Forbes estime la fortune à 4,3 milliards de dollars, est parfois comparé à l’investisseur et milliardaire américain Warren Buffett. A tort, selon Alain Sepulchre: «L’Américain est un activiste. Il transforme les sociétés dans lesquelles il investit. Pour l’instant, Gao Guangchang se contente de les gérer.» Le consultant dresse plutôt un parallèle avec l’homme le plus riche de Hongkong, Li Ka-Shing, «qui construit des holdings séparés, et diversifie ses actifs». Cette diversification permet au groupe de rapidement grandir. Or, «en Chine, la rentabilité compte moins que la taille des actifs, relève encore Alain Sepulchre. C’est aussi valable pour Fosun.»

Dans le dernier rapport annuel du groupe, Guo Guangchang signe une phrase qui tranche avec sa réputation de patron modeste: «En 2015, le monde sera différent grâce à Fosun. La vie sera meilleure grâce à Fosun.» Issu d’une famille de paysans, Guo Guangchang, 48 ans, se juge «moins intelligent de Jack Ma», le fondateur d’Alibaba, confiait-il l’an dernier lors d’un déjeuner avec le Financial Times. «C’est un… extraterrestre. Moi je suis un gars normal», ajoutait-il.

Les deux hommes ont presque le même âge et sont partis de rien. Pour Alain Sepulchre, «Guo et Ma participent de la «soft power» chinoise dans le monde. Mais ils sont à leur apogée car Pékin ne peut admettre des personnalités trop influentes, comme pourrait l’être Warren Buffett. Ils savent jusqu’où ne pas aller car en Chine, c’est toujours le politique qui commande.»

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