Moins de deux ans auront suffi au groupe Fotolabo, dont le siège est à Montpreveyres, dans le Jorat vaudois, pour constater l'échec de sa politique de diversification dans les cabines de photo: jeudi, le leader mondial du photofinishing et du développement par correspondance a annoncé qu'il vendait les sociétés Prontophot et Soft (rachetées à Electrowatt) à son principal concurrent sur ce marché, le britannique Photo-Me International Ltd, premier mondial du secteur. L'opération, aboutissement de «plus d'un an de négociations très difficiles», se solde par deux effets financiers: une perte comptable de 27,4 millions de francs due à l'amortissement du goodwill, qui grève presque entièrement le bénéfice 1997 avant charges exceptionnelles (28,5 millions). En revanche, la trésorerie voit quelque 40 millions de dettes nettes se transformer en un cash positif de 10 millions. Le marché a très bien accueilli cette nouvelle: le titre Fotolabo a gagné 10,5%, clôturant à deux doigts de son plus haut niveau à 483 francs – la hausse depuis le début de l'an atteint 43%. Pour l'exercice en cours, Fotolabo mise sur un bénéfice de 35 millions.

«Nous nous sommes rapidement aperçus que la rentabilité du secteur cabines de photo serait très problématique à atteindre, alors que nous devions constamment investir autant que dans notre métier de base, explique Paul Choffat, administrateur délégué de Fotolabo depuis un an et demi. Le principal poids qui pèse sur ce secteur, ce sont les commissions exorbitantes à payer aux propriétaires des lieux pour pouvoir installer un Photomaton.» La concurrence acharnée que se livrent les divers acteurs du marché – en particulier Prontophot et Photo-Me – a conduit à une dérive de ces taux de commissionnement, qui sont les charges opérationnelles les plus importantes, et qui «dépassent largement les 20%», concède Paul Choffat.

Photo-Me reprend la totalité des deux sociétés, à l'exception de Prontophot Allemagne, cédée à Western Management Overseas, une société indirectement liée au groupe britannique. L'ensemble de la vente porte sur un montant de 46 millions, dont quelque 17 millions de reprise de dettes bancaires (la filiale allemande compte pour 2 millions, reprise de dettes non comprise, dans la somme globale). Photo-Me abandonne également une poursuite judiciaire pour 50 millions de francs engagée contre Fotolabo à l'époque de la cession des sociétés de cabines photo par Electrowatt, pour cause de non-respect d'une clause de préemption.

«Lorsqu'une entreprise reconnaît qu'elle a fait fausse route et qu'elle parvient à réaliser une vente, c'est une nouvelle positive», commente encore Paul Choffat. Les analystes acquiescent: «Fotolabo se débarrasse de deux problèmes à la fois, le conflit juridique et un business non rentable, confiait Beat Schaffner, de Lombard Odier & Cie, à l'agence Bloomberg. Ils peuvent désormais se concentrer sur leur secteur d'excellence.» Le groupe Fotolabo se sépare ainsi de 350 employés, et en conserve 700 (dont 150 en Suisse). Déjà présent dans 13 pays, Fotolabo va chercher à croître, sans doute par acquisitions, même en Suisse.

Seule limite: un service postal compétitif, indispensable à la bonne marche des affaires de Fotolabo. A ce titre, l'Asie reste précaire.