Planète finance

Fragile pilier chinois

Les fonds fuient la Chine alors que les marchés d’action américains ne cessent de gonfler

Les gouvernements peuvent régner en imposant le silence, comme les journalistes suisses ont pu en faire l’amère expérience lors de la visite de Xi Jinping à Berne la semaine dernière, ou en exprimant des idées les plus folles, comme Donald Trump est en train d’en faire la démonstration. Mais il y a une chose contre laquelle ils restent impuissants, c’est le suffrage des marchés des capitaux. Ceux-ci sont clairs: les fonds fuient la Chine alors que les marchés d’action américains ne cessent de gonfler.

Jeudi, le gouvernement chinois publiait un taux de croissance de son PIB parmi les moins bons de ces deux dernières décennies, 6,8%. Parallèlement, l’économie américaine, stabilisée sous l’ère Obama, galvanisée par les promesses – pour la plupart en 140 signes – de son successeur, pousse depuis un mois le Dow Jones juste en dessous du seuil des 20’000 points, un record absolu.

La Chine est rongée par un mal plus profond encore, la fuite de ses capitaux. Ce phénomène débuté en 2014 résulte de la prise de contrôle toujours plus étroite de l’économie par le gouvernement, qui effraye les détenteurs de fonds et les pousse à stocker ces fortunes offshore. Les Chinois ne sont-ils pas de très gros amateurs des îles Vierges britanniques? Les moyens sont vieux comme le monde: investissements ou rapatriements de bénéfices fictifs, ou emploient des instruments de la finance numérisée, comme les achats massifs de bitcoins, ce qui a fait gonfler la valeur de cette cryptomonnaie.

Cette fuite exerce une pression considérable sur la Banque populaire de Chine (PBOC), la banque centrale, responsable de la gestion des gigantesques réserves de change. Depuis la crise boursière d’août 2015, celle-ci a vendu plus de 500 milliards de dollars afin de soutenir le taux de change entre le billet vert et le renminbi autour du cours pivot de 6,7 pour un. Certes, elle en détient encore quelque 3000 milliards, ce qui lui donne une large marge de manœuvre. Mais qui n’est pas infinie.

S’il décidait de mettre fin à l’hémorragie de ses réserves, le gouvernement chinois créerait les conditions pour un affaiblissement réel de sa devise face au billet vert… ce qui aurait pour effet de rendre ses exportations plus compétitives, et de contrecarrer les intentions affichées par Donald Trump de protéger l’économie américaine.

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