La littérature économique sur la performance de la gestion active et sa capacité à battre les indices de référence est particulièrement fournie. Les recherches montrent habituellement que les gérants d’actifs peinent à surperformer si l’analyse intègre les frais des investissements. Une étude intitulée Asset Management and Alternative Risk Premia: are fees justified?, menée par Francesc Naya, Jahja Rrustemi et Nils S. Tuchschmid, chercheurs de la Haute Ecole de Fribourg, l’enrichit en se concentrant sur une nouvelle catégorie de produits, les stratégies dites d’«Alternative Risk Premia» (ARP).

Ces nouvelles stratégies de placement, réservées le plus souvent aux investisseurs professionnels, sont proches des hedge funds. Certains parlent de hedge funds 2.0. La ressemblance est forte dans la mesure où ces ARP choisissent de répliquer des stratégies qui peuvent entrer en concurrence avec les hedge funds. En faveur de ces nouveaux produits, on peut mentionner leur liquidité, leur «transparence» et leur coût relativement modeste. La taille de ce marché atteint environ 15 milliards de dollars. A titre de comparaison, la capitalisation du marché des hedge funds s’élève à 4000 milliards de dollars à la fin de 2021.

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Les ARP font ainsi usage de stratégies long/short – combinant des positions d’achat et de vente – et l’emploi de l’effet de levier et des dérivés. Plus sophistiqués, ils se distinguent toutefois des fonds de placement traditionnels, lesquels ne font pas appel à la dette et aux paris à la baisse. Leur mise en œuvre peut se faire de deux manières: soit le gérant va lui-même développer une stratégie à l’interne et la proposer à ses clients, soit il se fournit le plus souvent auprès des banques d’investissement qui lui donneront l’accès à ces stratégies.

La recherche d’alpha

«Notre travail se concentre sur l’alpha, c’est-à-dire sur la surperformance, ou l’excès de rendement par rapport au marché», déclare au Temps Nils Tuchschmid, professeur de finance à la Haute Ecole de gestion de Fribourg. La question, pour un gérant, est de savoir s’il est capable d’acheter au bon moment et d’acheter ou de vendre à un bon prix. En fait, le gérant ne peut «faire de l’alpha» que s’il a une capacité prévisionnelle.

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Cette étude simule dans un premier temps la capacité de tri d’un gérant en sélectionnant des indices ARP qui ont surperformé leurs pairs. Elle utilise pour ce faire quelque 200 indices ARP fournis par les banques d’investissement couvrant la période depuis 2007 jusqu’en 2021.

Les chercheurs calculent alors les performances de ces indices chaque trimestre et les classent en deux quantiles, les 50% les meilleurs et les 50% les moins bons. Ils modulent ensuite une capacité de sélection en supposant que le gestionnaire de portefeuille est capable de choisir à l’avance un nombre prédéfini d’indices dans le premier quantile. En d’autres termes, le gérant dispose d’une capacité à prédire même si celle-ci est encore imparfaite. Chaque trimestre, cette procédure est reconduite et répétée 1000 fois. Ces 1000 rendements sont enfin comparés à ceux d’un indice de référence. Ces premiers résultats montrent qu’il existe de l’alpha (en moyenne de l’ordre de 1,6% environ).

Dans un deuxième temps, les chercheurs se penchent non plus sur les indices mais sur les stratégies (par exemple de type momentum ou de type value). L’avantage de considérer directement les stratégies est d’éviter le risque de se tromper de fournisseur bancaire. Là encore, les chercheurs montrent qu’il est possible de dégager de l’alpha.

Absence de surperformance pour les fonds de fonds

Forts de ces constats, Nils Tuchschmid et ses collègues tournent alors leur attention vers le marché des fonds de fonds d’ARP et non plus des indices ou des stratégies.

Ces fonds permettent à un public plus large d’investir dans ce marché par le biais d’une solution simple et éprouvée. Pour chacun des fonds à leur disposition, ils calculent l’alpha… mais n’en trouvent pas. En fait, si certains fonds génèrent de bonnes performances, les résultats restent le plus souvent décevants.

En moyenne, l’alpha de ces fonds est négatif, variant de -1,29% à -0,35% en fonction de l’indice de référence sélectionné. Cela signifie que les gérants n’ont soit pas de capacité prévisionnelle, soit que l’alpha qu’ils ont été capables de générer a été mangé par les frais de gestion.