interview

«Les frais restent élevés dans la finance parce que les clients ne s’en plaignent pas»

Michèle Martin, responsable des placements investisseurs privés chez Avadis, explique la stratégie de placement

Questions à

Editorial

«Les frais restent élevés dans la finance parce que les clients ne s’en plaignent pas»

Il y a 41 ans, le groupe ABB (alors Brown, Boveri & Cie, BBC), a créé un fonds de placement à disposition de ses employés. Ceux-ci pouvaient ainsi y placer une partie de leurs économies, tandis que l’entreprise ajoutait 3% au rendement offert par le fonds (sur les 15 000 premiers francs investis). Le fonds de pension d’ABB a ensuite fondé la société Avadis à Baden en 1999, qui a assuré la gestion de ce portefeuille. Ayant d’abord une structure de fondation, elle est devenue une SICAV en 2009. Avadis, qui conseille également les investisseurs institutionnels et les caisses de pension, a en même temps décidé d’ouvrir le véhicule aux particuliers. Désormais, les trois quarts des 6000 investisseurs ne sont pas des employés du groupe ABB. Michèle Martin, responsable des placements investisseurs privés chez Avadis, explique la stratégie de placement.

Le Temps: Les fonds de placement pour les particuliers abondent en Suisse. Quel est l’intérêt de ce véhicule?

Michèle Martin: L’intérêt principal, ce sont les frais réduits. C’était notre principale motivation pour l’ouvrir au public: que celui-ci puisse avoir accès à des véhicules de placement à des prix plus abordables que ce qui se fait généralement dans le secteur financier. Par exemple, nous proposons des frais totaux de 0,65% pour la stratégie équilibrée. La raison est simple: nous avons accès à des fonds de placement en tant qu’investisseurs institutionnels et donc avec des commissions de gestion réduites par rapport aux fonds destinés à la clientèle privée. Nous pouvons donc lui en faire profiter.

– Quelle est la stratégie de placement?

– Nous avons sept stratégies, que les investisseurs peuvent choisir en fonction de leur profil de risque (défensif, équilibré, agressif, croissance, etc.). Certaines se concentrent sur les actions ou sur les obligations, ou les deux. Dans tous les cas, nous sélectionnons les fonds de placement que nous considérons comme les meilleurs. Par exemple, dans notre stratégie équilibrée, qui est celle qui est choisie par le plus d’investisseurs, nous avons confié la gestion des actions suisses à UBS, celles des obligations suisses à Credit Suisse et à la banque Syz. L’approche est donc passive et se concentre sur des indices. L’allocation par classe d’actifs, par exemple les actions (qui représentent 40% des placements dans la stratégie équilibrée, soit plus de 2000 titres du monde entier), ne change pas en fonction de l’actualité. Le principe est d’investir à long terme et donc de ne pas se laisser influencer par les variations de court terme. Dans le cas de la stratégie dite équilibrée, nous conseillons un horizon d’investissement de sept ans au minimum. Les actions des pays émergentes et la dette des entreprises sont les deux cas où la gestion est active. La raison est simple: ces marchés ne sont pas complètement efficients. Cela concerne environ 20% du fonds.

– S’agit-il toujours de banques ou de sociétés de gestion basées en Suisse?

– Non, nous sélectionnons dans le monde entier. Par exemple, pour la dette des pays émergents, nous avons confié ce mandat à la société américaine Stone Harbor. Pour les actions monde, nous avons investi dans des fonds de State Street Global Advisors.

– Les investisseurs sont-ils très sensibles à l’argument des coûts quand ils viennent vous voir pour investir?

– Non, ils n’y sont pas encore très sensibles. Les fonds de placement continuent à avoir des frais généralement très élevés, sans que le client se rende vraiment compte. Mais, de plus en plus, nous recevons des clients qui jugent les frais trop élevés ailleurs. En principe, nous offrons la même chose qu’une banque privée avec sa gestion de portefeuille.

– Pourquoi les tarifs restent-ils aussi élevés dans l’industrie financière?

– Parce que les clients ne s’en rendent pas encore vraiment compte et ne s’en plaignent pas. Une fois que ce sera le cas, les banques seront bien obligées de revoir leur structure de coûts pour les convaincre de rester. D’un autre côté, il est vrai que nous faisons peu de marketing et que nous n’offrons qu’une liquidité mensuelle, et pas quo­tidienne comme beaucoup de fonds. Cela nous aide à maintenir des frais plus bas.

* Responsable des placements investisseurs privés, Avadis

Publicité