Depuis quelques semaines, le franc semble cramponné à son taux plancher de 1,20 franc pour 1 euro. Jeudi, plus de huit mois après la mise en place d’une mesure exceptionnelle par la Banque nationale suisse (BNS), 1 euro s’échangeait contre 1,2010 franc.

Pour Peter Rosenstreich, stratège chez Swissquote, l’évolution de la crise de la dette en zone euro explique en grande partie le raffermissement de la monnaie helvétique. «Alors que le maintien de certains membres au sein de l’Union monétaire semble compromis, la zone euro fait face à une fuite massive des capitaux», explique-t-il. S’il reconnaît que tous les capitaux qui sortent de Grèce ou d’Espagne n’atterrissent pas nécessairement en Suisse, Peter Rosenstreich souligne que, «malgré le prix plancher et les taux d’intérêt très bas, les investisseurs préfèrent toujours détenir du franc dans leur portefeuille plutôt que des euros qui risquent de se déprécier très rapidement en cas de sortie de la Grèce, par exemple».

Selon lui, la proximité géographique et la stabilité politique dont bénéficie la Suisse en font une destination privilégiée, au même titre que le Royaume-Uni.

La fin d’un «fol espoir»?

Thomas Flury, stratège chez UBS, voit toutefois une autre explication. «Ceux qui cherchent à se diversifier se tournent davantage vers des monnaies susceptibles de s’apprécier face à l’euro», argue-t-il. A l’image de la livre sterling ou du dollar qui, eux, continuent à se renforcer face à la monnaie unique. Selon lui, le récent rapprochement du taux plancher serait plutôt lié au «fol espoir» qu’avait suscité, auprès de certains investisseurs, l’éventualité d’un relèvement du taux plancher. Or, pour Thomas Flury, cette possibilité ne serait tout simplement plus d’actualité.

«Ceux qui avaient acheté de l’euro contre du franc en prévision d’une révision à la hausse du plancher par la BNS, et donc d’une appréciation de la devise européenne face au franc, ont compris que tel ne serait pas le cas, observe-t-il. Du coup, ces investisseurs ont entrepris de se défaire de leurs positions longues en euro.» Avec, pour conséquence, un maintien du taux de change proche du cours que la BNS répète vouloir continuer à défendre avec «toute la détermination nécessaire» .