Face à l’euro, il n’y a pas de doute: le franc joue à plein son rôle de monnaie refuge. Mardi matin, il atteignait des niveaux plus vus depuis la fin du taux plancher, à 1,0241 pour 1 euro. Rien de plus normal pour Maxime Botteron, économiste chez Credit Suisse: «C’est lié évidemment à la situation en Ukraine, qui augmente la demande pour les valeurs refuges. Dans ce genre de cas, il est difficile d’identifier précisément quels facteurs influent sur les devises, qui ne reflètent plus vraiment les fondamentaux et où il y a souvent beaucoup d’exagération.»

D’autant que la Banque nationale suisse reste probablement plus en retrait que lors d’autres phases de flambée du franc. «Il devient de plus en plus difficile pour l’institution de justifier des interventions massives alors que l’inflation augmente et que l’économie suisse tourne à plein régime», explique-t-il. En février, la monnaie suisse s’était plutôt dépréciée, la perspective que la Banque centrale européenne effectue une hausse des taux directeurs devenant plus réelle.

Lire aussi: Le mystère du franc

Reste que plus le franc monte face à l’euro, plus les chances de voir la BNS intervenir augmentent. «Ce n’est pas forcément un niveau particulier qui la fera réagir, plutôt une appréciation qu’elle juge trop rapide ou un manque de liquidité sur les marchés.»

Plus à l’aise avec le yen

Voilà pour l’euro. Mais face au dollar, la situation est moins tranchée. «En Europe, le franc reste le refuge dominant. Mais la proximité physique de la crise est trop importante pour la plupart des investisseurs internationaux. Ces derniers se sentent plus à l’aise avec le yen japonais et le dollar», signale Peter Rosenstreich, responsable des produits d’investissement chez Swissquote. Ces deux devises ont bien plus fortement réagi à l’attaque russe en Ukraine, poursuit-il.

Lire aussi: La suprématie du dollar est encore plus forte qu’on ne le prétend

Et la tendance ne devrait pas changer. «L’invasion russe n’est qu’une des raisons qui nous poussent à attendre une hausse du taux de change entre le dollar et le franc, même si le premier est déjà surévalué», estiment des analystes d’UBS Global Wealth Management dans une note. La Réserve fédérale américaine (Fed) étant bien plus engagée dans le processus de hausse des taux directeurs, le billet vert «est un refuge plus attractif en raison des rendements plus importants» que ceux du franc. Le premier tour de vis devrait en effet avoir lieu lors de la réunion de mi-mars de la Fed. En outre, poursuivent-ils, «l’ensemble de l’Europe, y compris la Suisse, est plus directement affecté par les disruptions potentielles dans les échanges commerciaux, qu’il s’agisse d’énergie ou d’alimentation».

Le dollar progressait aussi ces derniers jours face à l’euro, non seulement en raison de son statut de valeur refuge, mais aussi parce que les investisseurs s’inquiètent davantage des répercussions du conflit sur l’Europe que sur les Etats-Unis. Et comme face au franc, le dollar a un autre avantage face à l’euro, celui d’être en avance dans la probable remontée des taux directeurs.