Le franc suisse a égalé vendredi son plus haut niveau historique face à l'euro. La monnaie unique européenne s'est échangée à 1,4418 franc à la mi-journée, une marque jamais atteinte depuis six ans. L'euro continuait par ailleurs à reculer et a touché de nouveaux plus bas depuis deux ans face au billet vert vendredi. Quant au yen, il a grimpé vendredi à son plus haut niveau face au dollar depuis août 1995. Le billet vert valait 95,32 yens en début d'après-midi à Tokyo, sur fond de craintes de récession mondiale.

Contre le franc, en une matinée, l'euro s'est affaissé de quelque 5 centimes avec la multiplication des mauvaises nouvelles, notamment la baisse à un rythme record de l'activité du secteur privé dans la zone euro et la multiplication des avertissements sur résultats d'entreprises.

Reflet des bourses

Le marché des changes reflète l'effervescence des bourses. Le franc joue par ailleurs à plein son rôle de valeur refuge. «Quand on ne sait pas ce qui va arriver, on tend à s'enfuir vers l'endroit le plus sûr», résume Satoru Ogasawara, stratège à Credit Suisse. Quant au yen, il subit des dénouements de «carry trades», ces placements en devises effectués via l'emprunt dans une monnaie, en l'occurrence la devise nippone, où les taux sont très bas. Plus le «carry trade» se dégonfle, plus le yen monte, poussant encore plus de joueurs à abandonner la partie.

Les exportations sont touchées

La conjonction de ces phénomènes n'est pas une bonne nouvelle pour l'industrie d'exportation des pays concernés. L'appréciation des monnaies détériore les marges des entreprises et les rend à terme de moins en moins compétitives. La situation est pire encore pour le yen qui progresse aussi face au dollar, contrairement au franc. A chaque fois que le dollar perd un yen, le profit annuel de Toyota est amputé de 35 milliards de yens (quelque 435 millions de francs).

Le billet vert profite de l'appel de fonds des Américains pour financer les plans de sauvetage de leur secteur bancaire. En Russie, des rumeurs récurrentes de dévaluation du rouble poussent par ailleurs les épargnants à convertir leur bas de laine en billets verts.

La médaille a bien sûr deux faces. Le bon côté de la revalorisation du franc vient du pouvoir d'achat accru qu'il donne aux Suisses qui se rendent dans la zone euro. Par rapport à il y a trois mois, chaque euro acheté lui coûte quelque 20 centimes de moins.