Changes

Le franc n’est plus aussi cher

La baisse estivale du franc face à l’euro a provoqué un changement de statut officieux. La monnaie suisse est désormais «légèrement sous-évaluée», avance une économiste de Pictet

Voilà des années que la Suisse et sa Banque nationale (BNS) n’avaient pas profité d’un mois de juillet si radieux. L'euro a passé une bonne partie de l’été à plus de 1,10 franc, allant même jusqu’à voyager autour de 1,15 franc, durant les premiers jours d’août. Les exportateurs soufflent et la BNS a pu prendre une pause dans ses interventions.

Le mouvement de baisse du franc est surtout lié à la vigueur de l’euro. Les statistiques, les perspectives et la confiance dans la reprise s’améliorent et bénéficient à la monnaie unique. Et ce même si, depuis mercredi, le franc est remonté suite aux regains de tension entre la Corée du Nord et Washington. Comme de coutume dans de telles circonstances, le franc conserve son statut de valeur refuge.

Une autre perception

Ce qui est plus inhabituel, c’est que la baisse estivale du franc a provoqué un changement de perception. Selon les calculs de Nadia Gharbi, économiste de Pictet Wealth Management, le franc n’est plus «significativement surévalué». Elle se base sur la mesure qui fait référence, ledit taux de change effectif réel, qui mesure la valeur d’une monnaie par rapport aux devises des plus importants partenaires commerciaux. Et elle constate ainsi que le franc est passé en dessous de sa tendance de long terme.

Le franc serait désormais «légèrement sous-évalué», selon elle. «C’est plutôt un clin d’œil. Ce changement n’est pas de nature à transformer la politique monétaire de la BNS dans l’immédiat, tempère l’économiste. Pour cela, il faudrait que cette estimation, valable pour le mois d’août, perdure et se confirme au fil des mois suivants.»

Tout est dans le verbe

La BNS ne devrait donc pas changer de stratégie dans l’immédiat. D’ailleurs, dans nos colonnes, le 24 juillet dernier, son président, Thomas Jordan, répétait qu’au niveau de 1,10, le franc restait «significativement surévalué». En substance, il insistait sur le fait que, malgré l’appréciation de l’euro, l’heure n’était pas encore venue. Pas question, pour le moment, d’évoquer une quelconque modification de sa politique monétaire. Ni du côté des taux (négatifs) ni du côté du marché des changes, dans lequel la BNS continue d’intervenir ponctuellement.

Lire aussi l’interview de Thomas Jordan: «A 1,10, le franc est significativement surévalué»

«Evoquer». Le terme est important. Le vocabulaire utilisé par la BNS, lors de sa prochaine réunion de politique monétaire, le 14 septembre prochain, sera observé de près. Le «significativement» sera-t-il retiré de la déclaration officielle? Ou remplacé par «légèrement»? C’est, de l’avis de Nadia Gharbi, le principal enjeu du rendez-vous trimestriel. Un autre adverbe pourrait servir de premier avertissement sur les intentions futures de la banque centrale.

Mario Draghi d’abord

Les considérations du directoire de la BNS seront par ailleurs influencées par celles de Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne (BCE), qui s’exprimera une semaine plus tôt. «Il devrait commencer à parler de 2018», résume l’économiste de Pictet Wealth Management. Evoquera-t-il l’avenir du programme de rachat d’actifs et/ou l’évolution des taux négatifs, également en vigueur dans la zone euro? Il est un peu tôt pour le prédire. Dans les marchés, on retient que Mario Draghi a promis que des discussions sur la fin de la politique monétaire ultra-accommodante débuteraient cet automne.

En attendant, un euro à plus de 1,10 est une bonne nouvelle pour les exportateurs suisses, qui sont surtout dépendants de la zone euro. Ce d’autant plus que les prévisions de croissance, et donc la demande pour des biens étrangers, ne cessent de s’améliorer sur le Vieux Continent.

Pictet mise désormais sur une progression du PIB de 2% cette année. De quoi, conclut Nadia Gharbi, compenser le désavantage créé par un franc fort qui, depuis cet été, l’est un peu moins.

Publicité