Plus de 30 milliards de francs. C’est le bénéfice de la Banque nationale suisse (BNS) pour les neuf premiers mois de 2017. Du jamais-vu pour l’institution, pourtant habituée aux fluctuations de ses revenus, à la hausse comme à la baisse.

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L’affaiblissement du franc ces derniers mois explique l’essentiel de ce profit total de 33,7 milliards, soit 5 milliards de plus que l’an dernier à la même période. L’euro s’est en effet apprécié de 6,8% face au franc depuis le début de l’année, atteignant des niveaux qui n’avaient plus été vus depuis la fin du taux plancher en janvier 2015. Et la monnaie helvétique n’a pas seulement reculé face à la devise européenne, mais aussi face au dollar et à la livre sterling, entre autres. De quoi laisser penser que la BNS n’est pas ou peu intervenue sur les marchés ces derniers mois.

Coup de pouce de l’or

L’or et les actions ont également contribué au bénéfice, alors que les obligations ont enregistré des pertes. Les taux négatifs ponctionnés sur les avoirs déposés par les banques auprès de la BNS ont atteint 1,5 milliard.

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Les positions de la BNS étant connues, ce résultat était attendu. Dans une note publiée la semaine dernière, UBS tablait sur un gain compris entre 30 et 35 milliards pour le troisième trimestre. Une performance qui devrait rester «unique», de l’avis de la première banque suisse, car il s’explique par une conjonction de «circonstances heureuses»: un affaiblissement marqué du franc, une hausse des actions et de l’or, entre autres.

Or ces évolutions ne se produisent généralement pas de concert. En effet, «pour une fois, la corrélation généralement négative entre les actifs refuges comme le franc et les actions ne s’est pas vérifiée», soulignent les analystes. Il est également rare que le franc baisse alors que l’or monte, le second étant également considéré comme un actif refuge.

Pas de nouvelles redistributions

Ces résultats vont-ils susciter de nouveaux appétits? C’est possible. Mais cela risque d’être en vain. La redistribution du bénéfice est réglée par une convention conclue pour les années 2016 à 2020. Elle prévoit un versement aux collectivités publiques plafonné à 2 milliards de francs par an, un tiers pour la Confédération et deux tiers aux cantons.

De même, le dividende aux actionnaires est aussi limité à 6% du capital-actions, n’en déplaise aux investisseurs qui lui trouvent toujours plus d’attrait, l’action ayant doublé de valeur au cours des douze derniers mois. La BNS n’aura aucune envie de changer tout cela, tant la volatilité de son résultat est grand. Un retour de l’inquiétude et le franc ne demandera qu’à remonter, plombant de nouveau les comptes.