Le franc devrait perdre du terrain face à l’euro et au dollar d’ici à 2016

Perspectives Selon J. Safra Sarasin, la monnaie helvétique va s’affaiblir à environ 1,10 franc par euro dès l’an prochain

Le billet vert se renforcera aussi, à 1,09 franc par dollar, prévoit Credit Suisse

Malgré la crise en Grèce et la plongée des bourses en Chine, le franc suisse ne s’est pas envolé durant l’été. Au contraire, la devise helvétique s’est discrètement affaiblie, passant de 1,0250 franc par euro fin avril à plus de 1,0670 fin juillet. «Un franc suisse plus faible est inhabituel dans un environnement où l’on évite les risques», observe J. Safra Sarasin dans une étude publiée ce début de semaine. «Dans un contexte de nervosité, le franc suisse est habituellement recherché pour son statut de valeur refuge», constate Ursina ­Kubli, spécialiste du marché des devises. Trois éléments peuvent expliquer cette évolution: les interventions effectuées par la Banque nationale suisse (BNS), des facteurs techniques à court terme ainsi que des surprises positives concernant les données macroéconomiques dans la zone euro. Selon J. Safra Sarasin, la monnaie helvétique s’affaiblira à 1,08 franc par euro au quatrième trimestre, pour franchir le seuil de 1,10 franc par euro au premier trimestre 2016.

Credit Suisse prévoit aussi une dépréciation du franc par rapport à l’euro. A douze mois, soit jusqu’à la mi-2016, le numéro deux bancaire helvétique anticipe un cours de 1,08 franc par euro. «La Grèce est moins au centre de l’attention. Le marché se concentre davantage sur les décisions en matière de taux d’intérêt de la part de la Réserve fédérale américaine (Fed). Nous prévoyons plutôt peu de mouvements pour ces prochains mois», a observé mardi Claude Maurer, spécialiste du marché des devises chez Credit Suisse.

Faut-il compter avec un rebond du franc en cas de nouvelle aggravation en Grèce ou dans la zone euro? Selon l’expert, c’est l’évolution de la situation aux Etats-Unis qui sera la plus décisive ces prochains mois: «Si la Fed reporte sa décision d’augmenter les taux d’intérêt, le franc risque de s’apprécier à nouveau face aux autres monnaies.» Toutefois, il juge peu vraisemblable que la devise helvétique s’apprécie à moins de 1,03 franc par euro. «Aux environs de 1,03 franc par euro, il est probable que la BNS intervienne à nouveau», anticipe le spécialiste. Plus prudente, UBS maintient, elle, sa prévision à 1,05 franc par euro, aussi bien à six mois qu’à douze mois.

Les grandes manœuvres concerneront aussi le billet vert. Pour J. Safra Sarasin, la devise helvétique devrait s’échanger à 1,03 franc par dollar au quatrième trimestre, puis s’apprécier à 1,05 franc par dollar en première moitié d’année 2016. Selon Credit Suisse, après avoir atteint la parité d’ici à la fin de l’année, il devrait s’apprécier à 1,09 franc par dollar d’ici à douze mois, comparé à 0,9740 franc par dollar mardi. Plus prudent, UBS anticipe un cours de 0,97 franc par dollar, puis de 0,95 franc par dollar à six et douze mois.

Globalement, UBS est sceptique quant à une stabilisation de la situation de la zone euro. Dans une note récente, la banque estime qu’il «subsiste clairement un risque que les négociations entre la Grèce et ses créanciers échouent et que le pays finisse par quitter la zone euro». Dans un tel scénario, l’euro contre le dollar (1,0950 dollar par euro mardi) pourrait s’approcher de la parité, et l’euro contre le franc tomber en dessous de celle-ci, avertit la banque.

Selon Bloomberg, une majorité d’acteurs parient encore sur une hausse de la monnaie helvétique face à l’euro. Ainsi, la valeur actuelle des options émises sur cette paire de devises indique qu’il y a 52% de chances de voir le franc atteindre la parité dans les douze prochains mois, cette probabilité étant évaluée à 69% d’ici à deux ans.

«A 1,03 franc par euro, il est probable que la BNS intervienne à nouveau»