Les signaux se suivent et se ressemblent. Qu’ils soient officiels ou officieux, l’ensemble des indicateurs portant sur la santé des entreprises suisses sont positifs ces dernières semaines. En plus de bénéficier de la reprise économique internationale, les exportateurs peuvent désormais compter sur un nouveau soutien. Cet autre levier, c’est la baisse du franc.

Depuis le début de l’année, la devise a perdu plus de 7% face à l’euro. La monnaie unique vaut désormais plus de 1,15 franc et semble se stabiliser à ce niveau. Un vrai plus, considérant que l’UE, malgré les efforts de diversification entrepris ces dernières années, reste de loin le principal client des producteurs suisses, avec une part de plus de 50% des ventes à l’étranger.

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C’était évident lorsque le franc s’était envolé. Ça l’est aussi maintenant qu’il atterrit. Dernier exemple en date, l’annonce de Richemont, mardi, qui prévoit une progression de 45% de son bénéfice semestriel par rapport à l’an dernier. Parmi les raisons évoquées, les taux de change. Le groupe de luxe n’a pas livré davantage de détails, mais l’explication est simple: un franc plus faible réduit mathématiquement le poids de ses charges, dans un pays où le groupe compte des dizaines d’usines et plus de 8200 employés.

Levier mathématique

De manière globale, il est difficile de savoir combien la baisse du franc est en train de rapporter aux entreprises suisses. Les gains sont différents pour chaque modèle d’affaires. Cela dépend de la part des ventes effectuées en Europe, bien sûr, mais aussi de la proportion d’achats effectués en zone euro. C’est le «hedging» dit naturel. Certaines sociétés sont toutefois très précises à ce sujet. Ainsi, Geberit estime qu’un mouvement du franc de 10% provoque une variation de 9 à 11% sur son résultat opérationnel.

Les effets des taux de change varient également en fonction «des éventuelles positions de couverture de change et de la vitesse d’écoulement des inventaires», précise Alexandre Stucki. Selon le fondateur de AS Investment Management, à Genève, «un délai de trois à six mois [entre la baisse du franc et les effets sur les comptes, ndlr] semble une estimation raisonnable pour la majorité des entreprises».

Des efforts récompensés

Début mars, l’euro valait 1,06 franc. C’est le point le plus bas de l’année. Cela fait donc presque huit mois que le franc baisse. Et cela se voit déjà dans les bilans. C’est particulièrement vrai pour les PME qui ont généralement moins de frais fixes en monnaies étrangères que leurs consœurs multinationales. «L’évolution du cours du franc a une influence directe, confirme l’économiste Sascha Jucker, auteur du rapport «Perspectives export des PME», publié mardi par Credit Suisse. La plupart des entreprises ne constatent pas encore d’effet concret sur leurs volumes de ventes. Mais 53% des sondées voient déjà leurs marges s’améliorer.»

Dans le sondage de Credit Suisse, une PME sur neuf estime que les effets de change améliorent ses résultats de 5 à 10%. C’est une récompense des efforts fournis au cours de ces cinq dernières années. Pour maintenir leur compétitivité, les entreprises suisses ont cherché à réduire les coûts en prolongeant les temps de travail, en délocalisant une partie de leur production ou en améliorant leurs processus internes.

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Aujourd’hui, cette efficacité joue comme un effet de levier. «Déjà à un taux de 1,08, les bénéfices sur les marges de certaines entreprises, à l’image de Straumann ou SFS, étaient visibles, témoigne Alexandre Stucki. A un taux de 1,15 elles seront d’autant plus récompensées du travail de rationalisation effectué ces dernières années.»

L’emploi ne progressera pas

Ces nouvelles, aussi positives soient-elles, ne provoqueront pas pour autant une vague de recrutement dans le pays, prévient Sascha Jucker. Au cours des cinq dernières années, aidées par le recours facilité au chômage partiel, «les entreprises suisses ont généralement préféré conserver leur personnel. Elles n’ont pas massivement licencié et, aujourd’hui, malgré l’amélioration de leur situation, elles restent prudentes, en termes de recrutements».

C’est l’un des seuls bémols. Selon le dernier sondage de Manpower, 89% des 752 employeurs interrogés en Suisse n’envisagent aucun changement de leur effectif au cours du 4e trimestre.

L’économiste de Credit Suisse ne s’attend pas non plus à une progression notable de l’emploi en 2017. Ni en 2018. Si leurs marges continuent de s’améliorer, les entreprises suisses investiront avant tout dans de nouveaux équipements. Précisément ce à quoi elles avaient plus ou moins renoncé lorsque le franc était trop fort.