Il est des évolutions de l'histoire financière qui ne font pas de bien à la fierté nationale. Le franc suisse, souvent perçu comme une icône de la nation, ne joue plus le rôle de monnaie de dernier recours qu'il joua voici quelques décennies. En 1981, il représentait quelque 6% des réserves mondiales de changes en devises stockées auprès des banques centrales. Cette année, cette part a complètement plongé pour ne plus représenter que 1%.

C'est le constat dressé hier par la BRI (Banque des règlements internationaux), appelée aussi la «banque centrale des banques centrales», dans un bref rapport publié dans sa revue trimestrielle (lire ci-dessous). «Le franc suisse, autrefois dépassé en importance uniquement par le dollar et le deutsche mark, a perdu la faveur des responsables de placements depuis les années 1970», note l'économiste Philip Wooldridge, auteur de la recherche.

L'euro plutôt que le franc

En termes strictement quantitatifs cependant, le nombre de francs détenus par des banques centrales étrangères s'est accru. Ilest passé de 3,5 milliards en 1995 à 4,8 milliards au premier trimestre de cette année, selon les derniers chiffres du FMI. Si réjouissante que soit cette progression de 37,1% en dix ans, elle n'a pas suivi l'explosion de ces réserves au niveau mondial: 1389,7 milliards en 1996, 4347,5 milliards en mars dernier, soit une hausse de 212,8%.

«Cette évolution reflète la faiblesse des rendements offerts par les placements en francs suisses par rapport au dollar ou par rapport à l'euro», observe Jean-Pierre Béguelin, chef économiste à la banque Pictet & Cie à Genève. Une analyse partagée par la BRI. En outre, la corrélation du franc et de l'euro rend ce dernier plus attractif à risque de change égal.

Par ailleurs, le franc, dont le marché est relativement étroit, a vu disparaître des avantages qualitatifs: la perte de l'avantage que constituait pendant la Guerre froide la neutralité suisse pour les pays cherchant à éviter le dollar, et la disparition générale, parmi les pays développés, des contrôles des changes.

Quelles sont les conséquences de ce désintérêt? «En cas de crise, un créancier est tenté de prêter plus facilement à une banque centrale dont la monnaie a une fonction de réserve internationale», poursuit Jean-Pierre Béguelin. Manifestement, la question n'a guère troublé la BNS, dont la politique de taux historiquement bas et de faiblesse de la monnaie n'a pas contribué à renforcer l'attractivité de sa propre devise.