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Le franc suisse poursuit son envolée face à l’euro

Le président de la banque centrale européenne (BCE) Jean-Claude Trichet a réaffirmé que la crise actuelle n’était «pas une crise de l’euro mais une crise de la stabilité financière»

Le franc suisse poursuit son mouvement de valorisation face à l’euro, la monnaie unique souffrant toujours des incertitudes entourant la crise de la dette. Il a atteint un nouveau record lundi matin, un euro étant tout proche de passer sous la barre de 1,27 franc. Vers 10h35, un euro s’échangeait contre 1,2703 franc, du jamais vu depuis le lancement de la monnaie unique européenne en 1999. Il y a trois ans tout juste, il évoluait à son plus haut niveau historique, à environ 1,68 franc. Il a perdu près d’un quart de sa valeur.

Le précédent record remonte à vendredi, jour où l’euro s’était affaibli à 1,2720 franc. La semaine passée, la Banque nationale suisse (BNS) a fait savoir qu’elle suivait la situation de près, sans rien dire toutefois sur une éventuelle intervention sur le marché des changes, à l’instar de ce qu’elle a fait ce printemps.

Le phénomène reflète les craintes liées à la crise de la dette dans la zone euro, avec en toile de fond la question de savoir si un grand pays comme l’Espagne devra à terme solliciter une aide. La Grèce puis l’Irlande, des Etats plus petits, ont déjà bénéficié d’un soutien de l’Union européenne et du Fonds monétaire international (FMI).

Vendredi, Moody’s a abaissé sévèrement, de cinq crans à «Baa1», la note de l’Irlande, imitant ainsi sa rivale Fitch, en raison de la montée des incertitudes qui pèsent sur l’économie du pays et de la dégradation des finances publiques. L’agence de notation n’a pas écarté une nouvelle dégradation à court ou moyen terme et a par ailleurs indiqué qu’elle envisageait d’abaisser une nouvelle fois la note des quatre principales banques grecques.

Cette mauvaise nouvelle est intervenue au lendemain d’un accord des dirigeants de l’Union européenne pour mettre sur les rails un mécanisme d’entraide financière durable pour permettre à la zone euro de mieux résister aux crises. Le montant de ce fonds de secours permanent n’a pas été clairement défini. Il sera au moins aussi important que le dispositif de secours actuel, mis en place dans l’urgence au printemps et qui expirera mi-2013. Il est doté au total de 750 milliards d’euros de capacité de prêt, dont 440 milliards d’euros de la zone euro.

Ce manque de précision sur le montant du Fonds et sur la possibilité qu’il soit augmenté n’est pas favorable, a commenté John Kyriakopoulos de la National Australian Bank. «Ainsi, les inquiétudes sur les dettes souveraines européennes devraient persister», a-t-il écrit dans une note. L’échec à élargir la taille du fonds de secours a déçu «étant donné les préoccupations sur le fait qu’il est insuffisant pour couvrir un plus grand nombre de pays de la zone euro en cas de besoin», a relevé Frances Cheung de Credit Agricole CIB.

De son côté, le président de la banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet a demandé lundi matin aux gouvernements européens «d’assumer leurs responsabilités» face à la crise, qui n’est toutefois «pas une crise de l’euro». «Nous demandons aux gouvernements et autres institutions d’être à la hauteur de leurs propres responsabilités», a déclaré M. Trichet, interrogé par la radio française Europe 1.

Cette responsabilité, les gouvernements européens doivent l’assumer individuellement pour que le poids des dépenses d’aujourd’hui ne repose pas «sur les enfants et les petits-enfants», mais aussi de «façon collégiale par une bien meilleure gouvernance et par un fonds de stabilisation financière capable d’assumer toutes ses responsabilités». Certains estiment, dont M. Trichet qui l’a laissé entendre à plusieurs reprises, qu’il est aujourd’hui nécessaire de prévoir le renforcement de ce fonds.

M. Trichet a par ailleurs réaffirmé que la crise actuelle n’était «pas une crise de l’euro mais une crise de la stabilité financière» et qu’une sortie de l’euro, évoquée par certains économistes comme solution à la crise pour certains pays les plus endettés comme la Grèce, était une «hypothèse absurde». «L’euro est une monnaie crédible», a-t-il également réaffirmé.

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