Le franc suspendu à la réunion clé de la Banque centrale européenne

Politique monétaire Un nouveau plan anti-crise est attendu jeudi

Les mesures anti-crise que pourrait annoncer ce jeudi le président de la Banque centrale européenne ne font pas le jeu de son homologue helvétique. L’ampleur des moyens mobilisés pourrait avoir comme conséquence d’affaiblir l’euro. En particulier face au franc. Et ce alors que la Banque nationale suisse s’active toujours à contenir l’appréciation de la monnaie nationale, défavorable aux entreprises exportatrices. «Au sein de la BCE, il y a une nouvelle détermination à faire baisser l’euro, Mario Draghi a explicitement indiqué qu’il voulait utiliser le taux de change pour promouvoir la croissance en Europe», rappelle ainsi le directeur des investissements chez GAM, Adrian Owens. Les milieux financiers attendent de voir. Mercredi sur les marchés, la valeur du franc ne connaissait guère de coup de chaud, magnétisée depuis trois mois autour de 1,22 franc pour un euro.

Le marasme économique – et les propos des responsables de la BCE – a laissé entrevoir ces dernières semaines une action coup de poing. Certains observateurs comparant déjà ce rendez-vous à celui «historique» du 26 juillet 2012. Il avait alors suffi d’une phrase – «whatever it takes», tout ce qui est nécessaire – de Mario Draghi, devant un parterre de financiers à Londres, pour interrompre la spirale d’une crise de la dette déclenchée deux ans plus tôt. L’annonce de ces moyens illimités avait fait l’effet d’une bombe sur les marchés financiers, alors focalisés sur une possible sortie de la Grèce de la zone euro.

La pression sur la BCE est de nouveau aussi forte. Sortant de leur plus longue récession, les dix-huit pays de la zone euro voient leur activité stagner – tout juste 0,2% de croissance au premier trimestre, a confirmé Eurostat mercredi. Le risque de déflation – depuis six mois, les prix bougent de moins de 1% – semble également échapper des mains de la BCE, menaçant d’étouffer tout signe de reprise.

Une situation qui a, un temps, laissé entendre que l’institution sortirait l’arme de la dernière chance: l’injection de montants illimités dans l’économie – par le biais du rachat d’emprunts d’Etats. Afin de faire redémarrer, coûte que coûte, la machine du crédit. Appelée «quantitative easing», cette artillerie lourde a été mobilisée par les Etats-Unis – plus de 3000 milliards de dollars ont été injectés dans l’économie américaine depuis 2008 – mais aussi par le Royaume-Uni et le Japon. «Le défi auquel fait face la BCE est différent; le gros de la crise est derrière elle et il y a aujourd’hui une conviction, ancrée un peu partout, que la politique monétaire ne peut résoudre à elle seule les problèmes structurels de la zone euro», tempèrent les spécialistes de la Société Générale à Paris. Selon ces derniers, la BCE «reste peu à l’aise» avec de telles mesures, qui entrent en conflit avec «l’esprit des traités européens, qui interdit la monétisation» des emprunts gouvernementaux. En clair l’interdiction d’éponger des surplus de dette publique en faisant tourner la planche à billets.

Cette réticence pourrait limiter la banque centrale à des mesures partielles jeudi. Comme un ultime coup de rabot sur le niveau des taux d’intérêt – déjà au plancher. Ou le passage à des conditions de dépôts négatives, afin de dissuader les banques de parquer leur argent à la banque centrale. La BCE pourrait également reprendre ses mesures de création de liquidité. Sortes de «quantitative easing» au rabais – appelées «LTRO» dans son jargon – elles ont été expérimentées fin 2011 et début 2012. Les analystes de la Société Générale tablent sur un programme de 300 milliards de dollars. Mario Draghi garderait ainsi l’arme de dernier recours en cas de basculement du continent dans la déflation.