C'est la fin d'une époque. Celle où la France rêvait de «travailler moins pour travailler tous et vivre mieux», comme le dit un slogan socialiste. Les 35 heures, conquête emblématique du dernier gouvernement de gauche à avoir dirigé le pays, ressemblent aujourd'hui à une bête blessée, à laquelle la droite au pouvoir s'apprête à porter le coup de grâce.

Ce mardi, le parlement français commence l'examen d'un projet de loi autorisant les entreprises à définir la quantité d'heures supplémentaires accomplies par leurs employés. «Chaque entreprise fera ce qu'elle voudra, résume Pascal Thévenot, qui dirige une société de services informatiques en région parisienne. C'est ce qui fera sauter les 35 heures.»

Aujourd'hui, les salariés de son entreprise, Adentis, qui produit des logiciels pour l'industrie aéronautique et les télécoms, travaillent 7h30 par jour, 217 jours par an. En plus de leurs cinq semaines de vacances, ils bénéficient de dix jours de congé au titre de la «réduction du temps de travail» imposée par les 35 heures. En principe, ils ne peuvent pas faire plus de 120 heures supplémentaires chaque année, une limite que la nouvelle loi devrait supprimer.

«A certains moments, c'était compliqué de mettre en place une équipe complète, explique Pascal Thévenot. Chez nos clients, ce n'était même pas la peine d'appeler le vendredi après-midi, il n'y avait plus personne. Des projets qu'on aurait pu mener en trois mois se faisaient en quatre mois.»

Dix ans après leur introduction, l'effet des 35 heures reste controversé. Les cadres moyens y ont plutôt gagné en confort de vie. Certains salariés modestes ont vu leurs primes rognées en échange de temps libre dont ils ne savent que faire. Beaucoup de PME ont contourné le système en faisant travailler leurs employés durant leurs jours de congé, contre des primes plus ou moins occultes.

Depuis son élection, en mai 2007, Nicolas Sarkozy a fait voter deux lois qui encouragent les employeurs à offrir des heures supplémentaires, payées 25% de plus et libres de charges sociales et d'impôts, et à convertir les jours de congés accumulés en salaire. Ces dispositifs ont rencontré un certain succès dans les secteurs confrontés à une forte demande et à une pénurie de main-d'œuvre qualifiée.

A terme, «la majorité des salariés va passer au système des heures supplémentaires pour répondre au problème du pouvoir d'achat», pronostique Pascal Thévenot. Car en dix ans, les mentalités ont changé: le temps libre est «out», le pouvoir d'achat est «in». Cette évolution explique l'insigne faiblesse des réactions de la gauche au démantèlement des 35 heures. La manifestation organisée le 17 juin par les deux principaux syndicats français, CGT et CFDT, contre la «dérégulation du temps de travail», a été un flop retentissant.

Même l'ancienne ministre socialiste Martine Aubry, mère des 35 heures, ne défend que mollement son invention. Elle préfère, disait-elle mercredi dernier, se «tourner vers l'avenir», tout en affirmant que «les 35 heures resteront, car les Français les apprécient». Même si c'est sous une forme de plus en plus symbolique.