La nouvelle doctrine Sarkozy - l'Etat doit secourir les banques menacées par la crise - a connu mardi sa première application. La France, la Belgique et le Luxembourg ont injecté 6,4 milliards d'euros (environ 10,1 milliards de francs suisses) pour sauver le groupe Dexia, menacé par les déboires de sa filiale américaine FSA. Les dirigeants de la banque, le directeur Axel Miller et le président Pierre Richard, ont démissionné.

«Il était indispensable que l'Etat intervienne et souscrive au capital de Dexia pour permettre la continuité du financement des collectivités locales», a déclaré la ministre française de l'Economie Christine Lagarde. En France, la moitié de celles-ci - régions, villes, départements etc. - sont clientes de l'établissement.

D'autre part, «il n'était pas question de prendre un risque systémique avec cette banque», selon Christine Lagarde. Sans argent public, Dexia aurait pu s'effondrer, accroissant la détresse des marchés et du secteur financier. Lundi, l'action du groupe avait perdu 27,3% à la bourse de Paris.

Le sauvetage a été compliqué à mettre en place. Les négociations entre autorités belges, françaises et luxembourgeoises ont commencé lundi soir et ont duré jusqu'à cinq heures du matin. L'accord a été scellé à sept heures, après avoir obtenu le feu vert de Nicolas Sarkozy.

«Christine Lagarde avait déjà passé tout le week-end sur le sauvetage de Fortis, elle n'a pas fermé l'œil de la nuit, explique son entourage. Les Belges sont de redoutables négociateurs. Ils ont l'habitude, avec leurs histoires de Flamands et de Wallons.»

L'accord prévoit que la France investira 3 milliards d'euros, la Belgique trois milliards - répartis entre Etat fédéral, Flandres, Wallonie et Bruxelles - et le Luxembourg 376 millions d'euros. Des sommes qui devraient suffire, selon Dexia, à garantir «une forte solvabilité au groupe». Et qui donnent aux Etats le contrôle effectif de la banque.

Y aura-t-il d'autres renflouages? Christine Lagarde refuse de se prononcer. Elle affirme que «le système bancaire français est solide», car il tire 75% de ses revenus de la banque de détail (prêts aux particuliers et aux entreprises), et 25% seulement de la banque d'investissement et des activités de marché. Le titre Natixis, autre géant menacé par la tourmente financière, a regagné 4,09% hier.

Mais l'inquiétude pour la santé du secteur financier demeure vive. «Le problème, c'est que la chute des bourses fait perdre une valeur gigantesque au système bancaire», expliquait hier un haut fonctionnaire du ministère des Finances.

La principale crainte est que les banques, vu leurs difficultés, resserrent leurs conditions de crédit et asphyxient les entreprises. Mardi, Nicolas Sarkozy a convoqué les dirigeants des grands établissements financiers français. Il voulait, selon le communiqué officiel, leur rappeler «leur mission prioritaire de financement de l'économie».

Aucune mesure concrète n'est sortie de cette réunion. Le gouvernement français doit annoncer de «nouvelles dispositions» d'ici à la fin de la semaine, d'après l'Elysée. Selon Le Monde, il s'agirait de créer «un système de caution ou d'aides» destiné à empêcher le tarissement du crédit.