Loisirs

La France, championne malade du tourisme mondial

L’annonce d’un plan d’un milliard d’euros pour doper les infrastructures et l’accueil touristique en France trahit les faiblesses chroniques d’un secteur mal adapté aux demandes des visiteurs étrangers

Les deux chiffres ont de quoi ravir les observateurs lointains du succès touristique français. En annonçant cette semaine la levée prochaine d’un milliard d’euros pour améliorer les infrastructures touristiques, via une nouvelle plate-forme d’investissements dénommée «France Développement Tourisme «et en confirmant le chiffre de 84 millions de visiteurs étrangers en France pour 2014, le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius a flatté l’égo national. Problème: cette offensive budgétaire proclamée fait surtout suite aux signaux d’alarme à répétition allumés par les professionnels du secteur, très inquiets de voir diminuer, année après année, les recettes de ce secteur. Les 84 millions de visiteurs recensés, parmi lesquels environ 16 millions ne font que traverser l’hexagone durant les grandes transhumances estivales et hivernales, ne dépensent en effet dans le pays que 40 milliards d’euros, soit le quatrième revenu touristique mondial après la Chine, l’Espagne et les Etats Unis qui occupent, sur ce plan, la pole position. Avec 19 millions de nuitées touristiques en 2013, la Suisse a généré pour sa part 15,6 milliards de francs, un chiffre d’affaires en augmentation de 3,3% par rapport à 2012.

La maladie française, sur le plan touristique, est celle de l’accueil problématique et d’un rapport qualité-prix qui, laissant à désirer, incite de très nombreux visiteurs à voyager à l’économie. C’est en tout cas le point de vue qu’ont défendu, lors de la première conférence annuelle du tourisme organisée au Quai d’Orsay jeudi, les professionnels du voyage. Selon les chiffres donnés par les fédérations du secteur, la France manque cruellement d’hébergement de qualité intermédiaire, capable de rivaliser par exemple avec l’offre de l’Espagne qui dispose de 100 000 chambres disponibles de plus que son voisin hexagonal.

Déficience de l’accueil

L’autre problème récurrent en France, très souvent cité par les agences touristiques, est la déficience de l’accueil liée pour une large part aux contraintes fiscales et réglementaires qui pèsent sur l’emploi de saisonniers. «Tant que l’emploi de cette catégorie d’employés ne sera pas libéralisée et rendu plus flexible pour répondre aux demandes du secteur de l’hôtellerie et de la restauration, les investissements effectués auront du mal à porter leurs fruits «a expliqué, lors de la réunion présidée par Laurent Fabius, le patron du portail internet Easy Voyages, Jean Pierre Nadir. Les professionnels du tourisme se plaignent aussi de statistiques tronquées, qui ne prennent par exemple pas en compte le poids du parc d’attraction Eurodisney près de Paris. A lui seul, le site reçoit chaque année 16 millions de visiteurs.

L’objectif d’accueillir, en 2020, 100 millions de touristes étrangers en France est-il dès lors atteignable? Oui sur le papier, notamment grâce à la croissance exponentielle des touristes asiatiques en visite en Europe. Mais gare: depuis 2013, le nombre des visiteurs record accuse en réalité… un palier, puisque le chiffre de 85 millions n’a quasiment pas augmenté depuis 2009. Plus problématique selon les chiffres de l’Organisation mondiale du tourisme avancés par les professionnels: la France perd des parts de marché, alors que d’autres destinations comme la Thaïlande ont connu, ces dix dernières années, un doublement du nombre de leurs visiteurs et que le voisin italien a progressé, lui, de plus de 32% durant la période. La réalité, poursuivent les professionnels, est que la perte de compétitivité française, souvent déplorée pour le secteur industriel, affecte aussi le tourisme.

Un cas typique, plusieurs fois évoqué lors de la conférence annuelle de cette semaine à Paris, est l’absence de garantie qualité: «En Italie, 30 à 50 euros par personne vous garantissent un repas de qualité jugeait un tour-opérateur chinois présent dans la salle. En France, vous pouvez dépenser cette somme et ne recevoir dans votre assiette que des plats très ordinaires, qui plus est mal servis". 

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