En France, le facteur livre aussi les courses

Services La baisse vertigineuse du volume du courrier pousse l’opérateur public à élargirses prestations

Moins touchée,la Suisse anticipeen développantde nouveaux services

A Saint-Jorioz, sur les bords du lac d’Annecy (Haute-Savoie), la tournée du facteur est désormais plus longue. Le deuxième personnage préféré des Français (après le boulanger, selon un sondage TNS Sofres) continue certes à distribuer lettres, factures, colis, journaux et autres cartes postales, mais il livre aussi les commissions. C’est un nouveau service proposé par la première entreprise publique française. Depuis un mois, les habitants peuvent commander sur Internet leurs courses au Super U du coin, et c’est le facteur qui apporte pain, fruits et légumes, viandes ou produits laitiers avec le courrier. L’enseigne a signé une convention le 11 juin avec La Poste. Cette dernière facture au magasin 15 euros le chargement et la livraison. Cette offre est proposée dans la plupart des départements par plusieurs chaînes de la grande distribution. A Villefranche-sur-Saône, dans le Rhône, c’est, à titre d’exemple, Biocoop qui a signé un partenariat avec La Poste. Le développement de ces services à domicile s’explique par une baisse importante du trafic courrier. «Selon nos prévisions, à l’horizon 2020, le nombre d’objets transportés par nos 90 000 facteurs va fondre de moitié par rapport à 2008», indique la direction de La Poste. L’opérateur public postal déplore déjà une baisse de volume du courrier de 5,3% par an depuis 2011, pas totalement compensée par un trafic colis express en meilleure santé (une progression de 7,3% en 2013). Le PDG de La Poste, Philippe Wahl, a confirmé que cette chute était due essentiellement à la révolution numérique, c’est-à-dire au boom des échanges électroniques. Il mise en conséquence sur l’innovation (services pour l’e-commerce) et le déploiement d’activités nouvelles comme la livraison de commissions «pour inventer le premier réseau de proximité physique». La Poste française multiplie les partenariats avec les collectivités et les entreprises. Les facteurs élargissent leurs tournées en acheminant des médicaments et des produits culturels, ou en assurant des visites aux personnes âgées isolées ou à mobilité réduite.

La baisse drastique du trafic courrier s’observe dans tous les pays industrialisés. Elle est cependant moins marquée en Suisse. «Nous avons distribué 2,2 milliards de lettres adressées en 2013, soit un volume en baisse de 2% par rapport à 2012», souligne Nathalie Dérobert, porte-parole de La Poste suisse. Selon des études marketing que nous avons réalisées en mars et décembre 2013 puis en mai 2014, il semble que les Suisses souhaitent continuer à recevoir factures et contrats physiquement, c’est-à-dire dans leur version papier.» Il reste que La Poste suisse ne cesse de développer ses services. Elle a renforcé son partenariat avec ­Leshop.ch (filiale de Migros), ouvert dès 2004, pour livrer les courses. Idem avec Coopathome. «Contrairement à la France, cela ne se fait pas lors de la distribution du courrier. Les commandes sont réparties entre les tournées de distribution. C’est étalé sur la journée, y compris le samedi, car le client veut de la flexibilité», précise Nathalie Dérobert. La mise en service de 19 automates à colis My Post 24, lancée en novembre 2013 en Suisse alémanique et romande, a été étendue. Il y en a désormais 22. L’utilisation est simple: à la commande, un destinataire indique à son expéditeur l’automate à colis choisi comme adresse de livraison. Dès que le colis arrive, le destinataire est avisé par SMS ou par e-mail. L’inscription est gratuite. La porte-parole poursuit: «Le commerce en ligne a modifié le comportement et les attentes de la clientèle, qui souhaite recevoir ses commandes à l’endroit de son choix et le plus rapidement possible. En outre, les personnes sont de plus en plus rarement chez elles lors du passage du facteur.» Le géant jaune diversifie par ailleurs ses gammes d’articles. L’informatique et le multimédia sont depuis longtemps proposés à la vente. Le bricolage et le jardinage, perceuses, tondeuses à gazon, taille-haies, apparaissent dans les catalogues. Cette stratégie commerciale a dégagé en 2013 un chiffre d’affaires de 500 millions de francs grâce à la vente de produits dérivés, notamment les téléphones portables, les articles de papeterie, vignettes, loterie et les billets événements type concerts. La Poste ne communique pas sur la rentabilité de ces produits dits de tiers. En 2013, La Poste a réalisé un chiffre d’affaires de 8,575 milliards de francs.

«A l’horizon 2020, le nombre d’objets transportés par nos facteurs va fondre de moitié»