Le rendez-vous le plus important d’Emmanuel Macron, cette semaine, ne sera pas sa rencontre prévue mardi à 11 heures avec Doris Leuthard, mais sans doute son échange, prévu vendredi, avec le chef d’état-major des armées Pierre de Villiers.

La présidente de la Confédération, qui devait initialement être reçue par le chef de l’Etat français le 3 juillet, avait vu son rendez-vous repoussé pour cause de réunion du Congrès à Versailles. Un nouveau créneau a néanmoins vite été trouvé, après la tournée olympique du locataire de l’Elysée à Lausanne les 10 et 11 juillet.

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Le général Pierre de Villiers, lui, a été convoqué par le président, furieux de son opposition publique aux 850 millions d’euros de coupes budgétaires annoncées pour le budget de la défense en 2017. Le 13 juillet, après avoir reçu Donald Trump aux Invalides, Emmanuel Macron avait pris la parole au Ministère de la défense pour rappeler qu’il est le seul chef des armées. «La République ne marche pas comme cela. Si quelque chose oppose le chef d’état-major des armées au président de la République, le chef d’état-major des armées change», a-t-il réitéré ce week-end au Journal du Dimanche.

Dans les deux cas, une ombre plane sur l’Elysée: celle du dérapage budgétaire français en 2017 (un déficit public anticipé de 3,2% au lieu des 2,7% annoncés, et un plan d’économies de 4,5 milliards d’euros sur la table pour redresser les comptes en 2018 afin de passer sous la barre européenne des 3%). Dès la semaine dernière, les ministres des Finances et du Budget Bruno Le Maire et Gérald Darmanin ont commencé à défendre devant les députés la nécessité de réaliser 4,5 milliards d’euros d’économies d’ici à décembre.

En cause: la volonté présidentielle réaffirmée de reconfigurer l’impôt de solidarité sur la fortune autour du seul patrimoine immobilier, d’abroger la taxe d’habitation pour une grande partie des ménages (22 milliards d’euros de recettes en 2016) et d’augmenter la contribution sociale généralisée (90 milliards d’euros de recettes). Résultat: outre les 850 millions d’euros de coupes annoncées pour le budget de la défense (20% des amputations totales de crédits), qui devrait réaugmenter en 2018, l’Intérieur perdra 525 millions, la justice 160 millions et l’aide au développement 140 millions.

Répercussions sur les relations avec la Suisse

Conséquence rituelle: les nécessités fiscales françaises se répercutent souvent sur les relations avec la Suisse. Même si la page des tensions fiscales a été tournée sous le quinquennat Hollande, Doris Leuthard sera donc interrogée, affirme-t-on à Paris, sur au moins deux dossiers.

Le premier, crucial, est celui de la mise en œuvre par la Confédération dès 2018 de l’échange automatique d’informations fiscales entre la Suisse et la France – sur la base des informations collectées en 2017 – dans le cadre de l’application des conventions de l’OCDE. Comment cela fonctionnera-t-il? Qu’en attendre?

Le sujet est d’autant plus important que la régularisation des rapatriés fiscaux (environ 50 000 demandes depuis 2013, dont une majorité concernant des capitaux placés en Suisse) rapporte gros: 2,4 milliards d’euros de recettes sont inscrits au projet de budget 2017 après les 2,65 milliards de 2015. L’échange d’informations fiscales entre les deux pays, avait été, ces derniers mois, suspendu en raison d’un litige concernant UBS. Il a été, coïncidence de calendrier, rétabli le 12 juillet. Le groupe bancaire, plusieurs fois mis en examen en France pour «blanchiment de fraude fiscale», «démarchage illicite» et «subornation de témoins», est en attente d’un méga-procès en 2018 -2019.

Le second dossier, tout aussi stratégique, est celui du nucléaire. Lors de sa précédente visite à Paris en mars 2015, Doris Leuthard avait regretté de n’avoir pas obtenu de précisions sur le calendrier du démantèlement de la centrale frontalière alsacienne de Fessenheim. La fermeture de celle-ci ayant été actée en avril 2017, tout repose désormais sur les demandes de compensations d’EDF, et sur le coût de son démantèlement, en pleine débâcle financière du géant français du nucléaire Areva pour lequel l’Etat vient de débloquer 1,5 milliard d’euros sur une recapitalisation de 5 milliards. La Suisse est associée dans le groupe de travail sur l’avenir de Fessenheim. La facture sera-t-elle aussi présentée à Berne? «Au vu des contraintes budgétaires françaises, tout est possible», avouait au Temps, vendredi, un haut fonctionnaire français.