La France met en avant la baisse de ses dépenses

Budget Des économies sur fond de déficit

L’argument vis-à-vis de Bruxelles est déjà bien rodé. Lors de la présentation, mercredi, de son projet de budget 2015, le ministre des Finances Michel Sapin a mis en avant la priorité accordée à la baisse des dépenses. Le chiffre de 21 milliards d’euros d’économies l’année prochaine est maintenu. Il se divisera ainsi: –7,7 milliards d’euros pour le budget de l’Etat, –9,6 milliards pour la sécurité sociale et –3,7 milliards pour les collectivités locales. La France s’engage donc sur la voie de l’austérité, même si ce mot continue d’être banni.

Difficile, toutefois, de croire que cette frugalité annoncée suffira pour contenter la Commission européenne, qui prendra connaissance de ce projet à la mi-octobre, et devra formuler un avis fin novembre. Car si la mécanique chiffrée est bien huilée, le casse-tête du déficit budgétaire (4,3% pour 2015) et de l’endettement public (2023,7 milliards d’euros confirmés hier par l’Insee, soit 95,1% du PIB) demeure entier pour un Hexagone englué dans la stagnation économique. Le montant total de la dépense publique française s’élevait en 2014, à 1208,5 milliards d’euros – soit 56,5% du PIB. Il devrait baisser, selon les prévisions, à 56,1% du PIB l’an prochain, mais continuera d’augmenter en valeur absolue si l’on tient compte de la croissance, même faible.

Autre réalité, malgré les baisses annoncées d’impôt sur le revenu pour les classes modestes et moyennes: le taux de prélèvements obligatoires ne subira en 2015 qu’une baisse minime: 44,6% au lieu de 44,7% cette année, soit le plus élevé de la zone euro. Le Haut Conseil des finances publiques, organisme indépendant, s’est d’ailleurs à nouveau inquiété hier des dérives des comptes français. Son avis, publié avant la remise du projet de budget à l’Assemblée, reconnaît un «effort sur la dépense réelle depuis 2011», mais considère qu’en l’état «l’objectif d’une croissance de la dépense publique limitée risque de ne pas être atteint». La prévision de croissance de 1% en 2015 paraît optimiste, poursuit le Conseil. Elle «suppose en effet un redémarrage rapide et durable de l’activité […] . En outre, le scénario du gouvernement présente plusieurs fragilités touchant au dynamisme de l’environnement international et de la demande[…].»

La charge de la dette

Deux points, surtout, risquent d’assombrir le tableau et amener déjà les députés européens à poser des questions lorsqu’ils auditionneront ce jeudi Pierre Moscovici, commissaire désigné aux Affaires économiques et prédécesseur de Michel Sapin. Le premier est la question du déficit structurel, ce solde des finances publiques dépouillé de la conjoncture et censé départager dépenses d’investissement et de fonctionnement. La France promet de le faire reculer à 2,2% en 2015, après 2,4% en 2014, puis 1,9% en 2016 et 1,4% en 2017. Des prévisions très sensibles à la croissance. Le second point est la charge de la dette. Pour l’heure, sur la base de taux d’intérêt historiquement bas, celle-ci devrait plafonner à 44,3 milliards d’euros, contre 46,6 pour 2014. Mais quid si les taux remontent, malgré la confiance de Michel Sapin dans «la crédibilité totale de la France»?