Justice

La France et Renault lâchent Carlos Ghosn, qui promet de rester au Japon s'il est libéré

Le ministre français de l’Economie, Bruno Le Maire, a confirmé dimanche que le groupe automobile devait remplacer son PDG incarcéré au Japon depuis le 19 novembre. Il pourrait être libéré ce lundi.

L’ironie du calendrier est frappante: c’est au moment d'accueillir, ce lundi, une brochette de grands patrons internationaux au château de Versailles pour son deuxième sommet «Choose France» que le gouvernement français a confirmé son lâchage de Carlos Ghosn.

Lire aussi la revue de presse: Carlos Ghosn, un détenu comme les autres au Japon

Le couperet est tombé via un entretien accordé par le ministre des Finances, Bruno le Maire, au Journal du Dimanche: «Nous avons toujours dit que si M. Ghosn était durablement empêché de diriger l’entreprise, il faudrait mettre en place une nouvelle gouvernance solide et pérenne. Nous y sommes», a-t-il expliqué. Le dirigeant de Renault-Nissan a promis, dans une lettre adressée au ministre par son épouse, de rester au Japon s'il obteint sa liberté conditionnelle lors d'une nouvelle demande qui doit être examinée ce jour par la justice japonaise.

Le conseil d’administration du constructeur automobile devrait se réunir cette semaine pour officialiser ce limogeage du PDG incarcéré au Japon, alors que le gotha de l’économie mondiale se trouvera au Forum de Davos. Là même où l’ex-PDG de Renault-Nissan était une star courtisée…

Une double urgence

Pour l’Etat français, qui reste le premier actionnaire de Renault à hauteur de 15% de son capital, l’urgence est double. Il faut, d’abord, apporter une réponse aux 60 000 employés de la firme au losange dans l’Hexagone, en pleine période de convulsion sociale des «gilets jaunes» et alors que Renault reste le premier constructeur automobile français (avec 3,88 millions de véhicules vendus en 2018) face à un groupe Peugeot-Citroën qui le talonne. La personnalité pressentie pour succéder à Carlos Ghosn à la tête du groupe serait Jean-Dominique Senard, l’actuel patron du groupe de pneumatiques Michelin, dont l’ex-PDG de Renault était aussi issu. Le nouveau patron formerait un tandem avec l’actuel directeur général adjoint, Thierry Bolloré.

Le deuxième défi, plus important sur le plan industriel, est celui du maintien de l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, qui permet à ce trio d’être le premier constructeur mondial, devant Volkswagen et Toyota, avec environ 5,5 millions de véhicules vendus en 2018. Le traitement judiciaire de Carlos Ghosn, inculpé au Japon pour «abus de confiance, malversations financières et dissimulation de revenus» et maintenu en détention depuis la mi-novembre, n’aurait jamais pu être possible sans la complicité active des dirigeants de Nissan, et trahit selon les observateurs une volonté de revanche du constructeur japonais dont Renault détient 50% du capital (en contrepartie, Nissan possède 15% des actions de Renault).

L’hypothèse d’une fusion des deux sociétés, évoquée en 2018, était très mal vécue dans l’Archipel où l’on oublie que Nissan était en quasi-faillite lors de son sauvetage par Renault en mars 1999. Le schéma désormais évoqué serait celui de l’intégration des deux entreprises dans une holding. Vu l’imbrication industrielle étroite – plateformes de production communes, un divorce serait en effet extrêmement coûteux pour les deux parties.

Un axe Paris-Tokyo bien grippé

Bruno Le Maire, comme Emmanuel Macron – lequel n’ira pas cette année à Davos –, risque de devoir répondre à des questions sur ce sujet lors du sommet «Choose France» sur l’attractivité, organisé pour la deuxième fois au château de Versailles.

Une centaine de patrons étrangers seront présents, avec sans doute des questions sur le scénario de sortie de crise des «gilets jaunes». Fait intéressant: le seul représentant du secteur industriel nippon sera… un Français, Didier Leroy, vice-président de Toyota. Tant que Carlos Ghosn reste incarcéré, l’axe Paris-Tokyo semble sérieusement grippé.

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