Prière de ne pas s’inquiéter de l’injection massive de dépenses publiques dans l’économie française menacée par l’épidémie de Covid-19 et une destruction d’emplois sans précédent au second semestre 2020. Après Emmanuel Macron qui, le 14 juillet, a confirmé son inquiétude de voir bientôt «un million de chômeurs supplémentaires» en France (qui viendront s’ajouter aux 3,5 millions de demandeurs d’emploi actuels), le nouveau premier ministre français, Jean Castex, a tiré à son tour le signal d’alarme mercredi, lors de son discours de politique générale devant les députés: une aide de «8 milliards d’euros pour prolonger le chômage partiel pour ceux confrontés à une baisse durable de leur carnet de commandes» et des investissements importants en matière d’apprentissage et de formation seront consentis d’ici à la fin de l’année, a-t-il annoncé.

Avec, pour les entreprises, une incitation forte à embaucher des jeunes: «La lutte contre le chômage et pour la préservation de l’emploi seront la priorité absolue des dix-huit prochains mois», a poursuivi le chef du gouvernement, confirmant la mise en place d’une prime à l’embauche de 4000 euros par an pour tout nouveau salarié de moins de 25 ans. Pas moins de 300 000 contrats d’insertion et 100 000 places de service civique (financés par des aides de l’Etat) seront également libérés.

Vers une dette publique de 120% du PIB

Ajoutées à l’énumération de milliards consacrés à la relance et à la transition vers une économie décarbonée – 40 milliards alloués à l’industrie, 20 milliards pour la rénovation thermique des bâtiments – ces mesures sociales promettent d’aggraver la dette publique qui devrait approcher les 120% du produit intérieur brut en fin d’année. Un problème? Non, pour Jean Castex, qui a esquissé une nouvelle méthode de calcul de l’endettement français: la distinction entre la dette Covid-19 (celle utilisée pour financer les mesures de relance et de reconversion industrielle) et, de l’autre, ce qui relève de la dégradation des comptes sociaux (le déficit de la sécurité sociale devrait approcher les 50 milliards d’euros en fin d’année).

Cette idée française est sous-jacente dans le plan franco-allemand de relance qui doit être débattu à Bruxelles lors du sommet européen du 17 juillet. La proposition d’émission d’une dette commune de 500 milliards d’euros au nom de l’Union européenne, remboursée par le budget européen, devant servir à des dépenses d’infrastructures dans les différents pays bénéficiaires. Sur la base actuelle de répartition, la France recevrait 39 milliards d’euros de cette enveloppe, si un accord est trouvé cette semaine au sein des Vingt-Sept.

Pas de hausses d’impôts en vue

La difficulté est évidemment de savoir comment redresser les comptes publics du pays à l’issue de cette tourmente. Sur ce sujet, Emmanuel Macron a promis mardi de ne pas recourir aux hausses d’impôts. «Une trajectoire fiscale a été votée. On ne résout pas une crise comme celle-ci en augmentant les impôts. Sinon, il n’y a pas de consommation des ménages et le doute s’installe», a plaidé le président français qui ne veut pas non plus rétablir l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), transformé dès le début de son mandat en impôt sur la rente immobilière. La suppression de la taxe d’habitation, un impôt local, pour 80% des Français, ne sera pas non plus abandonnée: «Nous sommes l’un des pays où la fiscalité est la plus importante. Est-ce que je vais dire les yeux dans les yeux en sortie de crise, la priorité, c’est de remonter les impôts pour les plus riches? Non. Ça découragera l’enrichissement par le travail», a poursuivi Emmanuel Macron.

Reste donc une seule solution: l’endettement à long terme de la part d’un pays pour lequel Jean Castex a redit que «la réponse ne saurait être l’austérité budgétaire». «La question est évidemment de savoir qui va payer la note et comment. La croissance de long terme fournit une partie de la réponse: c’est la croissance qui génère l’enrichissement qui nous permettra demain de rembourser les dettes contractées aujourd’hui», jugeait, à la fin du mois d'avril Philippe Aghion, l’un des économistes les plus écoutés par Emmanuel Macron. En ajoutant une possibilité jusque-là non évoquée: celle d’un possible recours à la souscription forcée d’emprunts d’Etat auprès des contribuables.