En déplacement jeudi 23 octobre à Annecy (Haute-Savoie), Nicolas Sarkozy a annoncé un nouveau train de mesures pour soutenir l'activité. Ciblées sur les entreprises, elles ont pris la forme de deux grandes annonces. D'abord la taxe professionnelle, qui va disparaître pour les investissements réalisés entre octobre 2008 et décembre 2009. C'est l'Etat qui supportera la charge de cette mesure, évaluée à environ 1 milliard d'euros, à partir de 2011.Seconde annonce: un fonds stratégique d'investissement sera créé avant la fin de l'année pour favoriser l'apport de capitaux aux entreprises, petites et moyennes, qui sont fragilisées par la crise. Nicolas Sarkozy avait proposé mardi à ses partenaires européens la création de fonds souverains européens pour éviter que le capital des entreprises ne passe sous contrôle étranger. Dans son esprit, ces fonds étaient appelés à se coordonner. Sans attendre la réponse des autres pays – dont certains comme l'Allemagne affichent une nette réticence –, le président de la République a décidé la création d'un fonds français.Géré par la Caisse des dépôts et consignations – sous la surveillance du parlement – et bénéficiant des ressources propres de la Caisse, complétées «le cas échéant par d'autres ressources publiques ou privées», il servira aussi à défendre les filières jugées stratégiques soit pour les consolider, soit pour éviter l'éventuelle délocalisation de leurs centres de décision. Ces interventions prendront la forme d'avances remboursables ou de prises de participation au capital. Le secrétaire d'Etat à l'Emploi, Laurent Wauquiez, a estimé jeudi que ce «fonds public d'intervention», mobiliserait «grosso modo, une centaine de milliards d'euros», indiquait hier soir l'AFP.

Stopper le «credit crunch»

Nicolas Sarkozy s'est par ailleurs engagé à consolider les opérations de réassurance, alors que les entreprises font état de sérieuses difficultés. Il a chargé René Ricol, l'ancien président de la Compagnie des commissaires aux comptes, de jouer le rôle de médiateur entre les banques et leurs clients pour résoudre les difficultés les plus criantes. Il a enfin annoncé la réunion, la semaine prochaine, des préfets de département et des trésoriers-payeurs généraux pour faire le point sur la circulation du crédit, enjeu essentiel pour limiter les risques de récession.Le président a également annoncé que «175 milliards d'euros d'investissement direct» seront mis en trois ans par l'Etat dans l'activité économique sous forme de crédits budgétaires. «A côté de l'université, de la recherche, du Grenelle de l'environnement, on va investir puissamment dans l'économie numérique, qui sera le moteur de la croissance future avec les technologies propres.» Il s'est également prononcé pour que la législation sur le travail dominical soit «puissamment assouplie».Les annonces d'Annecy succèdent au plan de sauvetage bancaire (360 milliards d'euros de garanties publiques pour déjouer tout risque de faillites bancaires), aux mesures de soutien au logement et aux PME. Elles précèdent le prochain déplacement du chef de l'Etat prévu pour mardi dans les Ardennes, qui débouchera sur de nouvelles mesures pour l'emploi.

Un peu plus de déficits

Elles confirment la volonté du chef de l'Etat de soutenir coûte que coûte l'activité, ce qui se traduira par un endettement public accru. François Fillon, qui intervenait mercredi 22 octobre devant les parlementaires de l'UMP [ndlr: parti majoritaire], a pris publiquement acte de ce tournant. Le premier ministre a reconnu que cette politique de soutien à l'activité allait se traduire par «un peu plus» de déficits. «L'essentiel, pour nous, ce n'est pas de freiner brutalement l'économie française au-delà de l'effort qu'elle doit déjà subir», a-t-il fait valoir, en excluant toute nouvelle hausse des impôts.Pour ne pas donner l'impression que les vannes étaient désormais largement ouvertes, il a toutefois soigneusement évité le mot trop connoté de «relance», se montrant soucieux de maîtriser la dépense publique, alors que les parlementaires ont l'impression d'examiner un projet de budget pour 2009 déjà obsolète.

Préserver le pouvoir d'achat

François Fillon ne l'a cependant pas caché. Le gouvernement ne compte pas seulement aider les entreprises; il veut aussi soutenir le pouvoir d'achat des Français les plus fragiles. C'est d'ailleurs au nom de la solidarité qu'il a sévèrement rappelé à l'ordre la majorité sur la prime transport. Un amendement déposé par l'UMP mardi avait supprimé ce dispositif proposé par le gouvernement pour alléger le coût de transport des salariés. Certains députés s'étaient montrés sensibles au lobbying du Medef [ndlr: organisation patronale], qui ne veut pas voir les charges des entreprises augmenter en cette période difficile. «La crise ne demande pas moins, mais au contraire plus de solidarité», a rétorqué le premier ministre. La prime transport verra donc le jour, et le gouvernement ne s'arrêtera pas là. «Nous préparons des mesures pour soutenir le pouvoir d'achat des Français», a précisé François Fillon.