Ileana pose son stylo et regarde la feuille de papier. Un dernier coup d'œil pour se persuader que c'était bien vrai. «En 1998, j'ai acheté 20 actions France Télécom, explique-t-elle. Cela m'a coûté 500 dollars. Aujourd'hui, je dois avoir 6000 dollars sur mon compte. Que dire? Eurêka!» Une bonne affaire pour cette jeune employée de Mobil Rom, société de téléphonie mobile roumaine dans laquelle France Télécom est majoritaire à hauteur de 67%.

Depuis le lancement du réseau en juin 1997, Mobil Rom a tout d'une «success story». «Au départ, nous avons prévu 10 000 abonnements jusqu'à la fin 1997, affirme Bernard Moscheni, PDG de la société. En six mois, nous nous sommes retrouvés avec 100 000 clients. Cette croissance très forte, dix fois plus que les prévisions, nous a tous surpris.» Une surprise qui se reproduit d'année en année. En 1998, Mobil Rom comptait 330 000 abonnés. L'année dernière, leur nombre a doublé. En 2000, Mobil Rom vise à attirer 1,1 million de clients. Une perspective alléchante sur un marché représentant 23 millions de consommateurs, et en présence de deux autres opérateurs, canadien et grec, qui se livrent à une concurrence féroce.

Début 1998, l'entreprise propose à ses employés l'achat d'actions France Télécom. Une offre qui sera renouvelée un an plus tard. Les avantages de cette opération – une action gratuite pour une acquise dans la limite de 500 dollars – ont attiré plus de 200 des 1000 employés de Mobil Rom. «Les vingt actions que j'ai achetées en 1998 ont doublé l'année dernière, explique Ileana. Ce qui fait que je détiens maintenant 40 actions qui valent 150 dollars chacune. Avec mes 6000 dollars, je pourrais m'acheter un studio à Bucarest. D'accord, modeste, mais un studio quand même. Et quand je pense que je n'ai investi au départ que 500 dollars, je peux dire que c'était l'affaire de ma vie.»

Bon départ pour les employés de cette société, dont la moyenne d'âge est de 27 ans. «Nous avons préféré recruter des jeunes et les former nous-mêmes, explique Bernard Moscheni. Ceux qui sont déjà formés en Roumanie risquent d'être déformés par le système. Mon sentiment est que nous sommes partis de rien pour construire quelque chose.» Une véritable aventure, dans un pays où la lenteur administrative et le cadre législatif confus freinent les investissements étrangers nécessaires à la relance économique.

Prochaine entrée en Bourse

Quant à l'investissement de Mobil Rom, il atteint 450 millions de dollars, qui s'ajoutent aux 115 millions de dollars nécessaires à l'achat d'une licence valable jusqu'en 2011. «Cette année, nous envisageons un chiffre d'affaires de 260 millions de dollars, affirme le PDG de Mobil Rom. Grâce à un résultat d'exploitation de 100 millions de dollars et à un résultat net de 30 millions, nos actionnaires se déclarent très satisfaits. Les Roumains ont du mal à croire qu'il y a plus de bénéfices chez nous que chez France Télécom.»

Il est donc temps de passer à une autre échelle et de fidéliser les employés, dont 12% quittent chaque année la société pour migrer vers des entreprises occidentales. En 2001, Mobil Rom se placera sur le marché boursier. «A Bucarest, dans un premier temps, puis à Londres ou à Paris», précise Bernard Moscheni. La perspective d'avoir accès aux actions de leur société à des prix avantageux semble mobiliser les employés de Mobil Rom. Enfin, presque. «Les stock-options? s'étonne un technicien. Qu'est-ce que c'est?»