Le mot avait, à l’époque, marqué les esprits. Dans l’un de ses derniers rapports du quinquennat de François Hollande en 2017, la Cour des comptes avait publiquement déploré «l’insincérité» de l’ultime projet de loi de finances présenté par l’exécutif. Quelques mois plus tard, à la suite de l’élection d’Emmanuel Macron et à la demande du nouveau gouvernement alors dirigé par Edouard Philippe, les magistrats de la Cour avaient été plus loin dans leurs critiques: «errements», «biais de construction», «textes financiers manifestement entachés d’insincérités»…

Le nouveau président élu - ministre de l’Economie jusqu’en août 2016 – se faisait alors fort de respecter la fameuse règle budgétaire européenne qui impose aux Etats membres de passer sous 3% de déficit par rapport au produit intérieur brut (PIB). L’heure était à la réduction macronienne des dépenses publiques, amputées d’environ 15 milliards d’euros en 2018.

L’endettement public continuera de progresser

Changement complet de décor mercredi, lors de la présentation du nouveau projet de loi de finances pour 2022, année de la prochaine élection présidentielle. Douze milliards d’euros d’augmentations de dépenses, notamment consacrées à l’éducation (+3%), à la transition écologique (+1,6%), à la justice (+8,5%) et aux forces de l’ordre (+5,8%), sont au programme de ce budget dont l’examen débutera au parlement le 1er octobre. Sur cette base, le déficit public atteindrait en fin d’année prochaine 4,8% du PIB, après les déficits record de 2020 (9,1%) et 2021 (8,4%), dus à la disruption de l’activité économique pour cause de pandémie.

L’endettement public diminuerait en revanche beaucoup moins. Il atteindrait 114% du PIB en 2022, après avoir culminé en 2021 à 116% (contre moins de 30% du PIB en Suisse). En valeur absolue, la dette souveraine française culminait à 2739,2 milliards d’euros en juillet 2021.

Première tranche payée du plan «NextGenerationEU»

Dépenses d’investissement? Besoin de relancer l’économie après deux années de contraction, pour parvenir à l’objectif d’une croissance de 4% en 2022? La vérité est plutôt électorale, tant les dépenses annoncées seront consacrées aux secteurs que la campagne présidentielle placera au centre du débat public: l’ordre et la sécurité (police et justice), l’écologie et la mobilité durable (transports, infrastructures énergétiques) et l’école. Point intéressant: le chapitre «Investissement d’avenir» est d’ailleurs en baisse sensible (-12,5%). Une baisse compensée, affirme l’exécutif, par les déboursements déjà effectués dans le cadre du plan «France Relance» doté de 100 milliards d’euros – mis en œuvre depuis l’été 2020 avec 50 milliards déjà déboursés – et de la contribution européenne dans le cadre du plan «NextgenerationEU». Le plan français présenté à Bruxelles, approuvé en juillet 2020, table sur l’injection de 40 milliards d’euros de fonds communautaires, dont 5,7 milliards ont déjà été versés.

Train de vie trop élevé de l’Etat

Le plus frappant, dans ce projet de loi de finances 2022, est la persistance de ce mal français qu’est le train de vie trop élevé de l’Etat, et l’incapacité des présidents successifs à le réduire. Les dépenses ordinaires augmenteront ainsi de 54 milliards d’euros, et leur détail montre qu’il s’agit, ni plus ni moins, de faire perdurer à travers ce budget prévisionnel le «quoi qu’il en coûte» dont le ministre des Finances Bruno Le Maire a annoncé l’épilogue le 25 août, devant le Medef, l’organisation faîtière du patronat français. «Nous n’avons pas compté l’argent public, parce que c’était responsable de le faire. Mais maintenant que l’économie française redémarre, le «quoi qu’il en coûte», c’est fini. Nous sommes passés au sur-mesure, nous continuerons à soutenir ceux qui en ont besoin» avait-il affirmé. Résultat: une cascade de nouvelles dépenses financées par l’endettement, en prenant appui sur les taux d’intérêt négatifs et les vannes maintenues ouvertes par la Banque centrale européenne.

Revalorisation des salaires des enseignants, aides aux plus précaires, revitalisation de Marseille… La France de 2022 est résolue à dépenser plus. Difficile, dans ces conditions, de ne pas parier sur une nouvelle candidature à l’Elysée d’Emmanuel Macron.