Fin juillet, la France a lancé un outil pour aider les entreprises à relocaliser leur production dans le pays. Baptisé «Colbert 2.0», il doit permettre aux PME et autres sociétés d’évaluer leur intérêt à ­revenir en France. Etabli à partir de l’expérience de 30 PME ayant déjà relocalisé dans l’Hexagone, ce logiciel s’inspire en fait de ce qui a été développé en Suède ou aux Etats-Unis dans le cadre de diverses politiques de «reshoring», soit de rapatriement de capacités de production industrielle.

La version française? «C’est la fin du mythe du low cost chez le producteur», a estimé récemment Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif. Colbert 2.0. est un logiciel de diagnostic via un questionnaire, prenant environ trente minutes à compléter. Le spectre est large: de la localisation des achats aux délais de livraison en passant par le taux de produits défectueux, tout est passé au crible. Comment pilotez-vous le contrôle qualité de la ­production hors de France? Avez-vous des projets de développement de gamme? Le «fabriqué en France» est-il un argument commercial? Telles sont quelques-unes des questions concrètes.

Depuis quatre ans, 107 entreprises ont relocalisé une activité industrielle en France, selon une étude du cabinet Sémaphores, qui s’abstient de dire combien sont parties. On sait toutefois que près de 100 000 emplois industriels ont été perdus en France rien qu’en 2012, répond l’Insee. D’ici à 2017, l’objectif fixé par le Ministère du redressement productif est de 1000 nouvelles relocalisations ou nouvelles implantations en France.

En Suisse, rien de similaire, alors que les experts craignaient un florilège de délocalisations suite à la vive appréciation du franc il y a trois ans. «Un tel outil dans le cadre de la promotion ­économique suisse n’existe pas et n’est pas prévu pour le moment», répond Antje Baertschi, cheffe de la communication auprès du Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco). Swissmem, association faîtière de l’industrie de machines, des équipements électriques et des métaux (MEM), se dit en principe favorable au développement d’instruments d’analyse par des organismes privés. Sur le plan international, de nombreux outils d’évaluation existent cependant déjà afin de comparer différents pays, rappelle Philippe Cordonier, porte-parole de Swissmem. C’est aux entreprises de décider de leur localisation, souligne-t-il. En d’autres termes, l’Etat doit rester à l’écart. Surtout que «nous n’avons pas connaissance de besoins ­supplémentaires pour l’analyse de ces paramètres de la part de nos membres».

Selon Swissmem, la base industrielle helvétique a pu être mieux préservée ces dernières années qu’elle ne l’a été ailleurs. Ainsi, la part de l’industrie au PIB se situe entre 10 et 15% en France et aux Etats-Unis, contre quelque 20% en Suisse. Et l’emploi souffre nettement moins que dans l’Hexagone. En dépit du franc, les effectifs en Suisse des entreprises de l’industrie MEM ont en effet crû de 2%, à 337 887 personnes sur la même période. Ces sociétés ont cependant créé encore davantage d’emplois à l’étranger, passant de 473 000 à 527 000 personnes. Soit une hausse de 11%.

Nonobstant ce différentiel, Swissmem estime que ces chiffres confirment la thèse que des engagements supérieurs à l’étranger ne conduisent pas obligatoirement à des suppressions d’emplois dans le pays d’origine. Ce d’autant plus qu’en parallèle, les entreprises industrielles étrangères établies en Suisse ont fortement accru leur personnel local. Entre 2004 et 2011, leurs effectifs ont augmenté de 26,8%, à 157 220 salariés, souligne la faîtière.

Si la Suisse ne dispose pas de statistiques officielles globales sur les délocalisations ou relocalisations, l’Institut pour l’économie d’entreprise et l’économie régionale de la Haute Ecole de Lucerne réalise toutefois ponctuellement des études sur les stratégies d’internationalisation. Et il a constaté qu’entre 2003 et 2009, les délocalisations d’entreprises suisses avaient diminué d’un tiers. «Par contre, elles ont recommencé à ­légèrement augmenter depuis 2009», selon le professeur Bruno R. Waser. Il semble que ce soit en particulier la force du franc qui explique cette inversion de tendance, d’après le spécialiste.

Ce qui n’empêche toutefois pas certaines sociétés de relocaliser des activités en Suisse. Dans le cadre de sa restructuration, Lonza a décidé de concentrer les activités de biologie microbienne sur son site valaisan de Viège. La mesure entraînera le transfert de la production de l’usine de Hopkinton (Etats-Unis), a fait savoir la semaine dernière le groupe bâlois des sciences de la vie. L’usine de Saint-Beauzire, à côté de Cler­mont-Ferrand, fermera quant à elle ses portes durant le quatrième trimestre.

«Un tel outil dans le cadre de la promotion économique suisse n’est pas prévu pour le moment»