Innovation

«La France vit dans la nostalgie d’un monde qui ne reviendra pas»

L’essayiste Nicolas Bouzou fustige les Don Quichotte de la vieille économie. Dans son nouvel «ordre technico-économique», les professeures de zumba auront remplacé les caissières

Il fustige les Cassandre, les Don Quichotte de la vieille économie et les éternels tenants du «c’était mieux avant». Nicolas Bouzou est un optimiste invétéré. Technophile et libéral convaincu, l’essayiste français livre dans «L’innovation sauvera le monde» (Plon) le récit d’une société en pleine mutation, à l’aune d’un nouvel «ordre technico-économique». Une société ouverte, connectée et transhumaniste où les rapports de production seront complètement chamboulés. Le Temps a rencontré ce rêveur à l’écriture compulsive au SwissTech Center, dans le cadre d’une manifestation organisée par Credit Suisse.

Le Temps: Zurich a inspiré les premières lignes de votre ouvrage. En quoi la Suisse serait-elle mieux parvenue à «entrer dans l’avenir»?

Nicolas Bouzou: Zurich combine à la perfection vieille ville et pôles d’innovation. Il y a un art de vivre helvétique, une alchimie entre tradition et modernité dont devrait s’inspirer toute l’Europe. Le bâtiment où nous nous trouvons actuellement (le SwissTech Center de l’EPFL ndlr.) l’illustre parfaitement.

- Vous livrez à l’inverse une vision très pessimiste de la France, un pays qui aurait «perdu le goût du progrès»…

- Contrairement à la Suisse, il y a une véritable défiance technologique dans mon pays que je fais remonter au traumatisme de la seconde guerre mondiale. On a d’ailleurs passé toute l’année à commémorer des événements sanglants. La France est tournée vers le passé. Devinez quelle est la thématique qui nous occupe dans cette campagne présidentielle: nos origines gauloises.

- Dans ce nouvel ordre technico-économique que vous décrivez, qu’est-ce qui vous permet de dire que la technologie créera plus d’emplois qu’elle n’en détruira?

- Je vous retourne la question. Cela fait 10’000 ans que l’innovation créée des emplois, prouvant que ce sont nous les Schumpéteriens (disciples de la théorie de la destruction créatrice ndlr.) qui avons raison. Aucune machine, si évoluée soit-elle, ne pourra pleinement remplacer un humain. Les technologies médicales les plus avancées n’ont pas supplanté les docteurs. Mais la transformation sera profonde sur la prochaine décennie qui verra la modification de 40 à 50% des emplois. Je vous donne deux exemples de nouveaux jobs: prof de Zumba et coach de plage.

- Un peu facile quand on ne figure pas parmi les perdants de la nouvelle économie. Mais qu’est-ce qu’on dit à la caissière qui doit former ses clients à l’utilisation de terminaux entièrement automatisés?

- Vous avez raison: aujourd’hui, les seuls qui lui parlent ce sont Marine Le Pen et Donald Trump. Il faut faire preuve d’un peu de courage et arrêter de lui mentir en lui promettant que son emploi va survivre. A partir de là, il s’agit de valoriser ses compétences et de penser réorientation professionnelle avec un système de formation continue et – pourquoi pas? – des aides financières destinées aux perdants de la mutation économique.

- Un service «Pôle emploi» amélioré en somme. Serait-ce suffisant pour aborder ces grands bouleversements sociétaux?

- Non. Il faut également un nouveau projet de société qui redonnerait du sens au progrès. L’innovation n’est pas neutre: bien utilisée, elle peut améliorer le sort de l’humanité. Autrement, on laisse le champ libre à la révolution conservatrice: les nationalistes, extrémistes et autres fondamentalistes religieux. Il y a une accélération du changement et les réactions sont toujours plus hostiles à la modernité. Mais dans 15 ans, le cancer sera devenu une maladie chronique, l’hyperloop nous permettra de traverser l’Angleterre en 20 minutes et on aura une base permanente sur la lune.

- Il y a un côté un peu enfantin dans votre manière de rêver…

- C’est assumé. Il y a deux siècles, Mary Shelley écrivait Frankenstein à Genève dans le but de rappeler à ses contemporains que la science peut aussi être destructrice. A l’époque prévalait une certaine naïveté, sans doute un héritage des Lumières. Nous vivons aujourd’hui dans une société où c’est le pessimisme qui s’est imposé.


Pas d’amélioration en Suisse

Les Suisses ne doivent pas s’attendre à une amélioration de leur pouvoir d’achat en 2017. Après cinq ans de valeurs négatives, l’inflation fera son retour en Suisse à 0,5% en raison de la hausse du coût de l’énergie, selon le Moniteur Suisse publié par Credit Suisse. A cela s’ajoutent des perspectives de hausse de salaires «plutôt faibles», détaille Sara Carnazzi Weber, responsable des analyses macroéconomiques chez Credit Suisse.

Dans un climat «morose», la consommation privée devrait se tasser, plombée par un taux de chômage inchangé à 3,3% et une immigration faiblissante (70 000 entrées nettes en 2016). Ce levier de l’économie suisse – qui représentait environ un quart de la consommation ces sept dernières années – est menacé par la mise en oeuvre de la votation contre «l’immigration de masse».

La conjoncture ne devrait pas non plus permettre de relancer les investissements. Seule perspective réjouissante: le rebond des exportations devrait se confirmer, grâce notamment à un regain de la demande européenne et à la résistance du franc suisse après le Brexit. Selon les experts de Credit Suisse, la croissance du PIB se maintiendrait à 1,5% en 2017.

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