Un contrat de 3 milliards de dollars sur huit ans et demi avec Reuters signé mi-mars, un autre de 950 millions de dollars sur sept ans avec Barclays conclu quelques jours plus tôt: British Telecom (BT) a le vent en poupe. La société n'a plus rien à voir avec l'opérateur historique qui se cantonnait au seul marché britannique. Sa division Global Services (21 000 employés) vend aujourd'hui ses services informatiques et réseaux dans 130 pays et multiplie les rachats. Après Infonet début février (965 millions de dollars), elle vient de s'offrir l'italien Albacom, puis tout récemment Radianz, racheté à Reuters. Interview de François Barrault, président de BT International, de passage à Genève.

Le Temps: Que représente pour BT le contrat avec Reuters?

François Barrault: C'est d'abord notre plus gros contrat jamais réalisé, qui intervient après des accords majeurs avec Barclays, Saint-Gobain, Thalès et Bristol-Myers Squibb. Reuters va nous externaliser son réseau, et nous allons gérer l'ensemble de son informatique. Il s'agit donc d'un accord global, facilité par notre rachat combiné de sa filiale Radianz pour 175 millions de dollars. Radianz fournissait les services financiers via Extranet à Reuters, mais aussi à des établissements bancaires.

– Quelles sont les objectifs de la division Global Services de BT?

– Devenir le prestataire de services le plus important au niveau mondial pour les multinationales. D'abord au niveau des réseaux pour la voix et les données, dans lesquels nous allons investir 15 milliards d'euros dans les années à venir. Car avant 2008, toutes les communications vocales s'effectueront via IP (ndlr: Internet). Ensuite, nous voulons être très présents dans l'externalisation informatique, les centres d'appels ou encore les systèmes de récupération de données en cas de sinistre. Pour l'ensemble de ces services, notre chiffre d'affaires a été multiplié par deux fois et demi depuis avril 2004. Enfin, nous aidons nos clients à réorganiser leurs activités autour des nouvelles technologies, comme celles-ci (il brandit son Blackberry).

– La reprise de Radianz renforce votre position dans les services financiers, et vous visez des clients tels Goldman Sachs et Merrill Lynch. Est-ce que cela sera votre marché de prédilection?

– Tous les secteurs nous intéressent, des administrations gouvernementales à la pharma, en passant bien sûr par les banques. Chaque secteur a ses besoins propres. En finance, la capillarité et la résilience sont des facteurs clés: il faut que le directeur d'une banque soit certains que tous les ordres passent immédiatement et qu'aucune information n'est interceptée. Dans le secteur pharmaceutique, où les commerciaux passent plusieurs heures à attendre qu'un médecin se libère pour lui parler d'un produit, il faut qu'il ait accès, durant tout ce temps, à son réseau d'entreprise. Bref, je ne voudrais pas être responsable informatique d'une entreprise, tant les paramètres sont nombreux!

– Avec des prix de communication en baisse de 10% par an, le marché des multinationales semble très difficile.

– Il y a trois ans, British Telecom vivait de sa rente de situation, protégeait ses lignes ISDN, et du coup le niveau des lignes DSL de la Grande-Bretagne était identique à celui de l'Albanie! La nouvelle direction a décidé de réveiller l'opérateur et de se lancer sur le marché international. Nous avons ainsi racheté Infonet pour nous montrer très agressifs. Et contrairement à nos concurrents (ndlr: les principaux sont Equant et MCI), nous n'avons pas dû nous mettre sous protection du chapitre 11 contre les faillites, ni licencier. Au contraire, je reçois souvent des CV, provenant d'employés de nos concurrents aux Etats-Unis.

– BT passe du marché des réseaux à celui de l'informatique, où vous affrontez de nouveaux concurrents…

– Oui, nous rencontrons désormais IBM ou Accenture sur nos marchés. Mais notre grand avantage est de posséder non seulement un savoir-faire informatique, mais aussi des réseaux propres. Nous avons les moyens de nous imposer.

– Quelle est l'importance de la Suisse pour votre division?

– Je suis venu en Suisse trois fois ces six dernières semaines, alors que je m'occupe de 136 pays… Vu la concentration de multinationales ici, il s'agit bien sûr d'un marché très important. Novartis, Syngenta, Ciba ou encore HP comptent parmi les clients de BT, alors que Nestlé est client d'Infonet, par exemple. En Europe, nous avons décroché 300 nouveaux clients ces derniers mois, et la valeur moyenne de chaque contrat augmente de 25% chaque trimestre. En Suisse, la croissance est de 55 à 60%.

– Vous parliez de voix sur IP. Ne craignez-vous pas que des sociétés comparables à Skype ne visent le marché des entreprises?

– Skype joue avec une faille du système, et ce phénomène ne va pas durer. Certains idéalistes me disent parfois: «Vous êtes morts, nous allons prendre votre marché.» Je n'y crois pas. Nos clients recherchent avant tout la sécurité et la fiabilité de leurs communications. Pour les assurer, il faut posséder le réseau. Nous avons eu le courage de nous lancer dans la voix sur IP, qui cannibalise directement notre offre voix, mais qui offre aussi de nombreux avantages.