«François Hollande ne peut plus réformer»

France Pour Alain Minc, le quinquennat du président socialiste est paralysé par sa majorité

Seule solution selon lui: cibler quelques réformes à fort impact économique

Conseiller influent et critiqué, auteur controversé, l’économiste Alain Minc reste un habitué des diagnostics aiguisés. Dans son dernier livre Le mal français n’est plus ce qu’il était (Ed. Grasset), il liste les problèmes récurrents de l’Hexagone et défend quelques mesures clés pour en surmonter les blocages. Avec un regard très pessimiste sur l’actuel quinquennat.

Le Temps: Deux ans et demi après l’élection de François Hollande, l’économie française est enlisée dans la stagnation. La faute à la faillite du «modèle français»?

Alain Minc: A l’évidence, le «modèle» en question, centré autour de l’Etat, répond beaucoup moins que d’autres aux défis de l’économie mondialisée et à la pratique actuelle du jeu international. Le recul des Etats est d’ailleurs partout manifeste. Et la centralité française ne correspond plus aux besoins de nos sociétés. Cela ne veut pas dire pour autant que la France joue nécessairement perdante. Même affaissé, l’Etat reste au centre du jeu et peut constituer une chance dans une Europe qui s’atomise. La France reste, en quelque sorte, le plus grand «land» d’Europe. C’est à cette réalité qu’il faut s’adapter.

– Mais pour cela, ne faut-il pas justement changer de modèle?

– La France a besoin d’évoluer. Et vite! Tous les discours alarmistes, aggravés par la séquence honteuse de la passe d’armes budgétaire avec Bruxelles, contribuent à noircir le tableau économique. Alors qu’en réalité quelques bonnes mesures, prises rapidement, pourraient débloquer la situation et redonner l’élan indispensable. Je préconise d’en prendre cinq tout de suite. La première? Augmenter de 1% la TVA chaque année pendant cinq ans pour financer une baisse radicale des charges sur les entreprises. Mesure 2? Indexer l’âge de départ à la retraite sur l’espérance de vie. Mesure 3? Abroger les 35 heures. Mesure 4? Relever les seuils sociaux de 50 à 100 employés, pour la représentativité syndicale, etc. afin de redonner de l’oxygène aux entrepreneurs. Mesure 5? Libéraliser de façon drastique le secteur du logement. Pourquoi ne pas autoriser tous les immeubles parisiens à construire un étage supplémentaire? Ce secteur clef est paralysé, en France, par un fatras de réglementations en tout genre. Il faut passer outre et remettre l’attribution des permis de construire dans les mains de l’Etat. Le fait d’avoir laissé cette responsabilité aux collectivités locales s’est avéré désastreux.

– La France, en somme, garde un bel avenir? François Hollande, qui s’exprime ce jeudi soir à la télévision, ne dira pas autre chose…

– Oui, l’économie française a de l’avenir. Mais pas sous ce quinquennat! François Hollande a beau appartenir à une constellation d’hommes de gauche ouverts aux réalités économiques, il n’a plus assez de temps pour réformer. Et même s’il le voulait, il ne pourrait pas le faire avec l’actuelle majorité. Son mandat, de ce point de vue, me paraît terminé. Son grand mérite, paradoxalement, est peut-être d’avoir débarrassé le pays du socialisme et d’avoir, enfin, créer les conditions pour un choc libéral adapté. Je ne parle pas d’un libéralisme radical et thatchérien. Je parle de réformes économiques de bon sens que la droite, lorsqu’elle va revenir au pouvoir, sera en mesure de prendre, comme la suppression de l’Impôt sur la fortune. Je le répète à tous mes interlocuteurs: il va se passer des choses en France.

– Vous n’êtes pas convaincu par le réformisme du nouveau premier ministre Manuel Valls?

– Manuel Valls incarne une réelle volonté de modernisation. Tout comme le nouveau ministre de l’économie Emmanuel Macron. Mais encore une fois, le calendrier, les institutions et la donne politique jouent contre eux. Manuel Valls est prisonnier de sa majorité. En France, si le président ne veut pas, le premier ministre ne peut pas. Or François Hollande me semble être à l’arrêt. Le président n’est pas un proactif. C’est un réactif. Il réagit aux événements, aux contraintes. Il n’est pas l’homme d’un objectif.

– Vous avez évoqué les discussions budgétaires entre Paris et Bruxelles. L’Union européenne peut-elle piloter la relance?

– Deux dirigeants m’inspirent confiance à Bruxelles: Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission, et l’ancien premier ministre polonais Donald Tusk, au Conseil européen. Le Luxembourgeois Juncker a les idées claires et une fine connaissance des réalités économiques. C’est un atout. Je suis beaucoup plus sceptique sur d’autres personnalités européennes, tel Matteo Renzi, le chef du gouvernement italien que Manuel Valls semble prendre pour modèle. Il y a chez lui une forme de populisme de gauche. Le Britannique Tony Blair ou l’Espagnol Felipe Gonzalez avaient une vision. Je ne crois pas que ce soit le cas de Renzi.