Les cinq semaines qui séparent le dîner informel des chefs d’Etat ou de gouvernement de l’UE hier (mercredi) à Bruxelles et leur prochain sommet européen, les 28 et 29 juin, seront cruciales. En plus de proposer des instruments concrets de relance de l’économie, comme l’augmentation des emprunts de la Banque européenne d’investissement ou la réaffectation des fonds structurels, les institutions communautaires doivent maintenant plancher sur un renforcement de l’intégration au sein de l’Union économique et monétaire. La bourse de Paris a ouvert en hausse jeudi (+0,85%), s’offrant un rebond après un gros passage à vide la veille. Idem à Francfort (+0,83%), à Londres (+1,06%) ou à Zurich (+0,56%).

Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, présentera en juin un rapport dans ce sens, sur «l’approfondissement» de la zone euro. Un texte qui pourrait être la contrepartie exigée par l’Allemagne au «pacte de croissance» dont François Hollande a fait son leitmotiv. «On saura fin juin si c’est un véritable pacte», a toutefois nuancé, réaliste, le nouveau président français.

Comme prévu, ce sommet informel n’a pas adopté de conclusions. La seule déclaration concerne la Grèce, dont tous les dirigeants ont affirmé qu’elle doit demeurer dans la zone euro. Le dîner de mercredi, entre 19 heures et 1h15 du matin, n’a pas non plus – de l’aveu de plusieurs dirigeants présents – été le théâtre d’affrontements directs ou d’un débat houleux. Les prises de parole, parmi lesquelles certaines «très longues» commentées avec ironie par François Hollande, nouveau à Bruxelles, ont en revanche montré l’ampleur des divergences sur la question très sensible des euro-obligations.

Point symbolique: le président français a d’ailleurs souligné à la fin de sa conférence de presse ses positions communes avec l’Italien Mario Monti sur la nécessité d’une supervision européenne des banques, assortie d’un fonds de garantie de l’UE. Comme s’il s’était habilement occupé, durant le sommet, de dresser un cordon sanitaire autour de l’intransigeante Angela Merkel. Laquelle a, selon plusieurs observateurs, réussi à ne pas se retrouver trop isolée grâce à l’appui des pays scandinaves.

«Je ferai un rapport en juin, en coopération étroite avec le président de la Commission, celui de l’Eurogroupe et celui de la Banque centrale européenne, sur les principales étapes et sur une méthode de travail pour atteindre l’objectif de l’approfondissement», a annoncé Herman Van Rompuy, tout en confirmant l’existence, au sein des Vingt-Sept, «d’opinions diverses sur des sujets comme les euro-obligations dans une perspective de long terme, une supervision des banques plus intégrée et un schéma commun de garantie des dépôts» bancaires. La Banque centrale européenne et la Commission seront associées à ce travail.

Bien moins soucieux que son prédécesseur Nicolas Sarkozy d’apparaître comme «le» leader qui fait bouger les lignes, le président français a lui-même insisté sur la «recherche d’un compromis» dont l’objectif semble se résumer à une expression: faire admettre à l’Allemagne la «perspective des euro-obligations». «Il est important de s’organiser pour que l’on puisse avoir de nouveaux instruments de financement de la croissance, comme les euro-obligations, quitte à modifier les traités, ce dont j’ai bien conscience», a expliqué François Hollande tout en reconnaissant qu’Angela Merkel ne partageait toujours pas cette position. «Madame Merkel y voit là une perspective lointaine d’intégration», a-t-il regretté. Appuyant par avance sur une autre différence, le président français a d’emblée refusé que les euro-obligations servent pour résorber des emprunts passés. «Elles doivent servir à mutualiser des dettes futures», a-t-il suggéré, en opposition au plan allemand d’un «fond de rédemption» des mauvaises dettes publiques européennes.

Clair, mais sans grand charisme, François Hollande a fait l’inventaire des difficultés et démontré combien il sera difficile de trouver une solution si l’Allemagne n’infléchit pas ses positions. Le soutien que lui a témoigné le premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, partisan des euro-obligations, montre que le sujet est clairement à l’agenda. Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a d’ailleurs rappelé qu’en 2010 les euro-obligations pour financer des projets, dont le Parlement européen vient de voter une phase pilote, étaient encore rejetées «par presque tous».

Place maintenant à la bataille politique, dont l’objectif est qu’elle ne dégénère pas en guerre de tranchées sur fond de crise grecque. «Que les choses soient claires, les euro-obligations ont été mentionnées dans le cadre d’un approfondissement de l’UEM. Cela ne se fera pas du jour au lendemain. On a parlé d’un projet sur le long terme», a cherché à nuancer Herman Van Rompuy. Alors qu’au même moment François Hollande lançait un avertissement amical à la chancelière: «Je suis le produit d’une alternance pour revendiquer la croissance. D’autres pays, d’autres peuples pourraient y voir un exemple.»

Collaboration: Gauthier Corbat