Le groupe SGS organisait à Hô-Chi-Minh-Ville ses journées des investisseurs. La numérisation était au cœur de ses présentations, non seulement dans l’e-commerce, mais aussi dans l’ensemble des autres activités. Le groupe entend montrer qu’il est prêt à tirer profit des opportunités que crée la disruption.

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Les besoins de cybersécurité et les réglementations qui se mettent en place, à commencer par celle qui touche à la protection des données en Europe (GDPR), amèneront les PME à profiter des services du groupe genevois, selon la direction. SGS n’entend pas se transformer en société informatique, mais à se profiler comme partenaire des entreprises à l’heure numérique. C’est vrai aussi bien de son offre en matière de véracité des données, dans le cadre de l’Internet des objets, que des tests de sécurité ou de la certification. Frankie Ng, président de la direction, répond aux questions du Temps:

Le Temps: La disruption numérique supprime l’intermédiation entre le consommateur et le producteur. Dans ce contexte, est-ce que votre domaine – l’inspection et la certification – reste un métier d’avenir?

Frankie Ng: Si le consommateur dispose d’un accès direct avec le fournisseur, le rôle de l’inspection telle qu’il était défini dans le passé devra évoluer. Par contre, le concept de confiance reste valable à l’époque d’Internet. Le consommateur qui, sur une plateforme d’e-commerce, achète un produit à un fournisseur chinois ou indien a besoin d’une opinion extérieure susceptible de le rassurer. Est-ce que le produit qui lui sera livré est celui qu’il achète? Quelle la valeur du vendeur? S’il y a un problème, est-ce que je peux être remboursé? Il nous appartient de trouver de nouveaux modèles qui apportent cette confiance.

– Vous êtes clients du groupe chinois de commerce en ligne Alibaba. Que lui apportez-vous?

– Nous indiquons sur le portail d’Alibaba les entreprises visitées et analysées par SGS sur la base de critères définis par le groupe chinois, qu’il s’agisse de qualité, d’authenticité ou de performance. Nous pouvons amener des services utiles au consommateur dans ces nouveaux domaines.

– Est-ce que vous vérifiez aussi les participants aux paiements effectués sur cette plateforme?

– Non, nous n’effectuons pas le contrôle des paiements d’Alibaba.

– Dans la vérification des produits vendus sur les plateformes internet, est-ce que vous envoyez des clients mystères pour vous assurer de la qualité des produits?

– Pour le consommateur final, nous aurions davantage tendance à faire de la certification des produits selon des schémas précis, y compris par une visite d’usine non annoncée.

– Est-ce que le fait d’être un grand client d’Alibaba limite votre potentiel auprès d’Amazon ou d’autres plateformes?

– Non, pas du tout. Tous les grands écosystèmes comprennent que les développements sont différents. Ils sont concurrents dans certains domaines et partenaires dans d’autres.

– Comment expliquez-vous que les marges soient les plus élevées auprès des gagnants de la disruption, soit 25% dans l’e-commerce?

– Le niveau de la marge d’exploitation est déterminé par la composition du portefeuille de produits. L’inspection «virtuelle» est la même que pour un grand distributeur dans le monde physique. Le coût de la visite d’une entreprise est identique. Cependant, ce sont les services en ligne additionnels qui expliquent la différence de prix. Dans l’e-commerce, les clients ont par exemple la possibilité de mettre leurs données sur la plateforme ou contrôler leurs inventaires.

– Quel est l’objectif de la commercialisation de votre test de pollution auprès des ménages chinois? N’existe-t-il pas un conflit d’intérêts dans le sens où quelqu’un d’autre que SGS devrait contrôler vos produits?

– Non, ce risque de conflits d’intérêts n’existe pas parce que c’est un test standard. Nous ne cherchons pas à maximiser les ventes de ce test, mais plutôt à permettre aux ménages d’obtenir des données. Avec ce produit, nous indiquons au marché que nous sommes plus proches des consommateurs et nous améliorons la confiance de ces derniers à l’égard de SGS. A l’heure des écosystèmes internet, la confiance du consommateur final est un atout majeur lorsqu’il s’agit de précéder à un achat sur une plateforme d’e-commerce. Nous pensons qu’à l’avenir le consommateur disposera d’un pouvoir de décision toujours plus grand au cours d’une transaction.

– Vous êtes passés de la collecte de données à leur interprétation, est-ce que SGS est un géant du Big Data (analyse de données)?

– C’est l’utilisation des données et non leur accumulation qui importe. SGS analyse les différentes opportunités que recèlent les masses de données dont nous disposons. Nous n’en sommes toutefois qu’au début.

– Si vous avez des marges de 25% dans des branches en forte croissance et d’autres à 10% sur des marchés stagnants, faut-il s’attendre à la disparition de certaines divisions?

– Non, la force du groupe réside dans sa diversité. Historiquement, nous avons toujours connu une certaine cyclicité dans certaines divisions. La diversification ne nous empêche pas de croître à moyen terme.

– Dans les 90 000 emplois du groupe, est-ce qu’il y a de nombreux travaux de routine qui menacent de disparaître?

– Nous faisons beaucoup d’efforts de formation pour nos collaborateurs afin d’accroître leur savoir et leur valeur ajoutée. L’objectif est d’augmenter davantage le chiffre d’affaires avec nos ressources existantes.

– Vous êtes leaders du marché avec une part de 5%. Est-ce que la disruption ne va pas accélérer la consolidation du secteur?

– Ce n’est pas notre scénario central. Nous prévoyons plutôt une augmentation du nombre d’acteurs issus de la technologie, y compris de petites entreprises très spécialisées.

– Vous êtes présents dans tous les domaines, sauf dans les médias. Pourtant le besoin de confiance est considérable, si l’on pense aux fake news. Quand allez-vous vous lancer dans la vérification des informations?

– Je n’y avais pas pensé. Mais nous avons tant à faire dans les autres segments que ce n’est pas dans nos objectifs à court terme de nous lancer sur des métiers que nous connaissons mal.