Analyse

La frappe défensive de Richemont sur Dufry

Le groupe de luxe genevois a pris 5% de l’actionnariat de Dufry. Si la démarche fait sens – commercialement et financièrement – elle vise certainement aussi à mettre des bâtons dans les roues du groupe chinois HNA

C’est un triple coup gagnant. En fin de semaine dernière, la bourse suisse a communiqué que l’engagement du groupe de luxe genevois Richemont dans le détaillant aéroportuaire Dufry avait atteint 5%.

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A priori étonnante aux yeux des analystes, qui ne s’attendaient pas à une telle annonce, cette prise de participation s’explique par une volonté de faciliter l’accès de ses marques à de bons emplacements, selon une porte-parole du groupe contactée par Le Temps. Au-delà de cette piste officielle, trois raisons expliquent ce coup boursier à 460 millions de francs. Elles sont d’ordre commercial, financier et stratégique.

D’abord, la raison commerciale. Qu’est-ce qui se vend et s’achète principalement dans les zones aéroportuaires? Des biens de luxe. Le groupe LVMH y fait déjà du commerce grâce à sa filiale DFS, rien d’étonnant donc à ce que le fabricant des stylos Montblanc ou des montres Cartier s’y aventure par l’intermédiaire de ce spécialiste bâlois des boutiques hors taxes.

Ce d’autant que le patron du groupe, Johann Rupert, semble persuadé que l’on va vers une ère de mobilité accrue. «Que va-t-on faire dans vingt ans? Jouer à des jeux vidéo? Je pense plutôt que l’on voyagera davantage», a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à l’occasion de la publication des résultats annuels de son groupe.

Les intentions floues de HNA

Ensuite, la raison financière. Au fil des années de folle croissance, Richemont a accumulé un solide trésor de guerre: 5,8 milliards d’euros (env. 6,3 milliards de francs), si l’on en croit le dernier pointage du 31 mars. Dans cette optique, un investissement de 460 millions pour s’offrir 5% de Dufry apparaît relativement raisonnable. Ce d’autant que cette société est saine et que cela pourrait s’avérer un bon placement.

Reste enfin la raison stratégique. Et c’est certainement ce qui permet de comprendre pourquoi Richemont a avancé ses pions ces dernières semaines. Cette prise de position peut être lue comme une frappe défensive contre un autre actionnaire de Dufry: HNA. Rappelons que, depuis le début de l’année, ce groupe chinois méconnu se montre de plus en plus agressif envers Dufry. Entre mars et mai, il s’est offert plus de 20% du capital et personne ne sait vraiment jusqu’où il entend monter.

En sécurisant ces 5%, Richemont plante un bâton dans la roue de HNA et offre un soutien de poids à l’actuelle direction de Dufry. Tout en indiquant clairement qu’il ne laissera pas les Chinois de HNA prendre librement le contrôle du groupe suisse. Et qu’il faudra négocier si tel est leur objectif.

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