Investissement

Les frappes chirurgicales de Polyphor arrivent en bourse

La pharma bâloise cible le marché des infections résistantes aux antibiotiques existants. Son produit phare arrivera sur le marché en 2021 ou 2022

Pour son premier jour à la bourse suisse, l’action Polyphor a clôturé tout près de son prix d’émission de 38 francs, mardi à Zurich. La biotech bâloise propose un nouveau mécanisme d’action pour des antibiotiques ciblant des infections en milieu hospitalier – l’équivalent de frappes chirurgicales sur des bactéries résistantes aux traitements existants. La demande pour de telles solutions est forte, mais la mise sur le marché de son produit phare encore lointaine.

Lancée en 1996, Polyphor synthétise des molécules qui existent aussi de manière naturelle et sont utilisées par des bactéries pour se défendre. Ces molécules servent de base à des antibiotiques et à des outils thérapeutiques contre des cancers et d’autres maladies, explique Olav Zilian, analyste chez Mirabaud Securities.

Un marché de 1 à 3 milliards de francs

Avec les fonds levés à la bourse suisse, Polyphor (71 employés) financera son produit phare, le Murepavadin. Il cible des bactéries souvent résistantes aux antibiotiques les plus courants en milieu hospitalier. Il pourrait notamment soigner certains types de pneumonies, apparues sur des patients ayant été placés sous respiration artificielle. «Des premières preuves de son efficacité ont déjà été obtenues, les tests de phase III devront déterminer si cela se confirme, aussi en termes de sécurité, sur un nombre de patients plus élevé», précise Olav Zilian. 

Selon Polyphor, le marché potentiel de ce médicament atteindrait 2 à 3 milliards de dollars (l’équivalent en francs), et peut-être davantage s’il pourra être pris par inhalation. «Le type d’antibiotique élaboré par Polyphor, dit à spectre étroit, répond clairement à un besoin médical dans les hôpitaux, relève Adrien Brossard, analyste chez Pictet Wealth Management. Mais l’élément clé pour déterminer la taille d’un marché reste la durabilité des antibiotiques avant que des résistances n'apparaissent.»

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Même si le besoin est important, le marché des antibiotiques d’hôpitaux est donc plus réduit que celui de l’oncologie ou des maladies chroniques, pour lesquelles la longévité du médicament est mieux connue. Autre élément déterminant, la volonté des hôpitaux d’essayer de nouveaux antibiotiques, les établissements universitaires étant généralement plus enclins à les tester. Selon certaines sources, le marché du Murepavadin serait donc plutôt de 500 millions à 1 milliard de dollars.

Moins de capitaux pour les biotechs

L’appétit des investisseurs pour l’action Polyphor dépend également d’un contexte plus large. «Depuis l’émergence du débat sur le prix des médicaments qui s’est accéléré lors de la dernière campagne présidentielle américaine, on a observé un mouvement de retrait des investisseurs des valeurs pharmas et biotechs, au profit de titres plus cycliques. En conséquence, les biotechs doivent se battre pour un réservoir de capitaux plus limité que dans le passé», poursuit Adrien Brossard.

Deux types de valeurs sont davantage recherchées, observe le spécialiste. D’une part, les entreprises qui sont proches de la mise sur le marché de leur produit, par exemple sous douze mois. Dans le meilleur des cas, le Murepavadin de Polyphor arrivera fin 2021-début 2022, probablement après les produits d’autres biotechs, souvent américaines. 

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D’autre part, les sociétés disposant d’une plateforme technologique innovante et capables d’amener rapidement des médicaments additionnels sur le marché. Ce facteur explique par exemple l’acquisition d’AveXis par Novartis, pour près de 9 milliards de dollars, bouclée ce mardi. «Polyphor dispose également d’une molécule qui vise certains cancers du sein et qui potentiellement pourrait agir en complément aux agents immuno-oncologiques qui rendent la tumeur visible au système immunitaire, décrit encore Adrien Brossard, de Pictet. Or la concurrence est très forte dans ce domaine et plusieurs acteurs ont subi des déceptions importantes en phase de développement avancée. L’activité oncologique de Polyphor risque donc d’être peu valorisée par les investisseurs.»

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