Eric Butler a été relâché jeudi, contre une caution de 2,5 millions de dollars (2,8 millions de francs). L'ex-courtier de Credit Suisse ainsi que son ancien collègue Julian Tzolov, tous deux partis en septembre 2007, sont inculpés depuis mercredi de fraude. La SEC, le gendarme américain de la finance, les accuse d'avoir investi plus d'un milliard de dollars dans des actifs lucratifs mais risqués, et en le cachant à leurs clients. Objectif: gonfler leurs commissions grâce aux rendements obtenus. La mécanique s'est effondrée avec la crise financière, faisant perdre une grande partie de la valeur de ces actifs.

Le banquier, qui occupait un bureau à Manhattan, a plaidé non coupable, a annoncé un responsable du Tribunal fédéral de Brooklyn. Cité par le New York Times, son avocat assure qu'il faisait «de son mieux pour ses clients». Julian Tzolov a lui quitté les Etats-Unis.

Plusieurs victimes

Credit Suisse a fait savoir hier qu'il n'était «pas impliqué juridiquement». C'est vrai pour ce cas, mais pas dans la plainte qu'a déposée contre lui STMicroelectronics (ST) le 6 août dernier. Entre mai 2006 et août 2007, cette multinationale basée à Plan-les-Ouates (GE), et qui a vendu l'an dernier pour 10 milliards de dollars de composants pour les téléphones portables ou la télévision numérique, a déposé «plus de 450 millions de dollars» chez Credit Suisse. La banque devait placer cette somme dans des actifs sans risque. Or elle ne l'a pas fait, selon les éléments qu'on peut lire dans sa plainte et qui recoupent en de nombreux points ceux avancés par la SEC.

ST s'en prend cependant à un «système» et non à deux seuls banquiers. «La fraude n'est pas isolée» comme veut le faire croire la banque, lit-on dans la plainte dont le patron, Brady Dougan, a été personnellement averti le 22 août. «Au moins sept courtiers et directeurs de Credit Suisse ont envoyé ou reçu un ou plusieurs des quelque 200 courriels falsifiés» qui masquaient à ST la réalité des placements. Le groupe technologique écrit avoir découvert le pot aux roses le 20 juillet 2007, en constatant que 21 millions avaient été placés dans des titres notés A1/P1, peu sûrs, et non les Aaa/AAA des prêts étudiants bénéficiant d'une garantie publique.

ST estime qu'une douzaine, «au moins», de multinationales ont été victimes de ce système pour un montant dépassant les 2 milliards. La SEC mentionne, elle, quatre clients, dont un en Suisse, vraisemblablement ST, et un autre au Canada, et plus d'un milliard en jeu.

Contacté à New York, Credit Suisse n'a répondu à aucune question. ST précise de son côté agir indépendamment de la SEC et veut récupérer «toutes ses pertes». Plus de 415 millions ont été placés de manière frauduleuse, selon la plainte. Une audience devant la justice est prévue le 5 décembre. En parallèle, ST ajoute mener une procédure d'arbitrage.