Les offres publiques d'achat (OPA) se succèdent à un rythme effréné. Adidas vient de reprendre Reebok, Pernod-Ricard a racheté Allied Domecq et un conglomérat d'acteurs du private equity (fonds d'investissement financiers) s'est approché du groupe télécom danois TDC. Au plan mondial, les transactions ont explosé de 53% au premier semestre par rapport à 2004. «Par le passé, une telle frénésie d'OPA a indiqué qu'un sommet boursier s'approchait», prévient un gérant de portefeuille basé à Lausanne.

Finie, la hausse des actions? Pas forcément. Les rachats de sociétés devraient se poursuivre. L'intensification du phénomène OPA serait même programmé. «La dynamique qui s'était cassée avec l'effondrement des valeurs technologiques a repris à la fin 2003, relève Jean-Pierre Petit, chef économiste de Exane à Paris. Et le phénomène va se poursuive sous la pression conjuguée de la mondialisation, des surcapacités existantes et des innovations technologiques.»

En 2000, au plus fort de la bulle financière, les OPA avaient représenté l'équivalant de 3500 milliards de dollars. Le nombre de transactions s'était ensuite effondré avec la chute des Bourses et la récession. Le plancher a été touché en 2002. Cette année-là, les opérations ont stagné à 1340 milliards. Ce chiffre a grimpé à 2000 milliards en 2004. «Nous tablons sur 2600 milliards de dollars pour l'année en cours», confie le chef économiste.

Poursuite des OPA? La globalisation pousse à davantage d'intégration financière et économique. Un moteur pour les rachats de sociétés. Des pans entiers de l'économie restent surdimensionnés. «C'est particulièrement le cas dans la banque de détail, les télécommunications et le transport aérien en Europe», précise Jean-Pierre Petit. Les transactions constituent aussi un pari prudent sur l'avenir. Deux sociétés fusionnées, dont les usines tournent à 80%, disposent d'une plus grande marge de manœuvre à exploiter. Le cas échéant, la construction d'une nouvelle unité pourrait être évitée. Pour finir, les technologies de plus en plus pointues utilisées par les sociétés impliquent une augmentation des coûts fixes, d'où un besoin accru de rapprochement.

La structure même des opérations lancées depuis janvier laisse supposer une poursuite du mouvement. Aujourd'hui, les rachats sont largement financés en liquide, et pas par échange de titres. «66% des transactions sont réalisées en cash, contre 45% en 2001», observe un financier genevois. Un signe emblématique de début de cycle: «Ces dernières années, les sociétés ont nettoyé les bilans, renégociant au passage leurs dettes, et réduit drastiquement leurs coûts, analyse Alessandro Mauceri, directeur exécutif de Capital Management Advisors à Genève. Elles dorment sur une montagne de cash qu'elles commencent à réinvestir.» La vague d'OPA est également soutenue par le bas niveau des taux d'intérêt, tout particulièrement en Europe. Les sociétés peuvent s'endetter à bon compte pour financer les transactions.

Un pari risqué

La poursuite du phénomène OPA devrait offrir du soutien aux marchés. Jean-Pierre Petit n'envisage pas un retour de la tendance baissière ou un krach, «sauf événement exogène», précise-t-il. Son scénario favori: une progression annuelle des indices européens de 5 à 10% jusqu'à l'horizon 2007. La situation deviendra plus délicate lorsque les OPA seront davantage financées par échange d'actions: «Sachant que le titre, surévalué, baissera tôt ou tard, le management prend le pari de la dilution.»