Toujours plus haut. Janvier s'est révélé un mois faste pour les valeurs pétrolières. L'indice S & P 500 sur l'énergie a grimpé de près de 30% depuis le début de l'année. BP, Total et autres Halliburton ont été propulsés vers de nouveaux sommets à mesure que progressait le prix du baril de brut. Ce dernier est passé de 55 à plus de 68 dollars sur la période.

Les motifs de satisfaction sont multiples. En début de semaine, Exxon a annoncé un bénéfice de plus de 10 milliards de dollars pour le dernier trimestre 2005. Un record absolu!

Rien ne semble en mesure de freiner la frénésie actuelle: tensions au Nigeria, crise gazière entre l'Ukraine et la Russie, sans oublier les velléités nucléaires iraniennes. Tout laisse à penser que le prix de l'or noir va rester élevé. Un élément porteur pour les pétroliers.

Acheter des actions Chevron ou Schlumberger? La prudence s'impose toutefois à brève échéance. «La demande de brut diminue traditionnellement à la sortie de l'hiver, explique Robert Chardon, analyste sur le pétrole chez LODH à Genève. Dès lors, une consolidation des titres est envisageable entre février et mars.»

Mais le financier reste positif sur l'ensemble de l'année. Tout d'abord, les courtiers ont intégré dans leurs modèles d'évaluation des actions un prix du brut de 55 à 57 dollars, très en deçà des niveaux actuels. De plus, le pétrole paraît vouloir renchérir davantage. «Au plan graphique, le prix du baril pourrait atteindre 85 dollars d'ici à juin», confie Christian Bado, responsable de l'analyse technique au Crédit agricole à Genève.

Attractivité maintenue

Malgré l'envolée de ces dernières semaines, le secteur pétrolier reste attractif en termes d'évaluations. «La décote de plus de 30% par rapport au reste du marché demeure substantielle», affirme le gérant de portefeuille d'une banque genevoise. Ce dernier salue les solides marges dégagées par les compagnies, «liées à une bonne maîtrise des coûts, fruit des restructurations opérées durant les années 1990, lorsque le prix du pétrole avoisinait les 15 dollars.»

Aujourd'hui, les géants pétroliers investissent dans de nouvelles installations perfectionnées pour détecter et exploiter des gisements. Cela provoque une hausse des coûts, «indispensable pour trouver de la croissance», relève Robert Chardon. Certaines sociétés en profitent, spécialement celles fournissant les équipements (tuyaux, outils de forage, etc.). «Schlumberger et Halliburton tablent sur une croissance des revenus de l'ordre de 25 à 30% en 2006, souligne l'analyste. Les raffineurs, tels Neste Oil, offrent aussi de belles perspectives.» D'importants travaux de maintenance ont été repoussés dans les raffineries après le passage des ouragans l'automne dernier dans le sud des Etats-Unis. Ils devront être effectués ce printemps, ce qui réduira les capacités à disposition et fera grimper le prix des produits raffinés. Les nouvelles normes antipollution imposées aux Etats-Unis destinées à réduire les rejets de soufre nécessiteront également d'adapter les infrastructures.

Mais l'avenir est peut-être moins rose qu'il n'y paraît. Les groupes de pétrole seraient très sensibles à un recul du cours du brut. Un tassement de la croissance mondiale pourrait servir de déclencheur. «La consommation d'énergie aux Etats-Unis s'est retranchée de 1% en janvier par rapport à 2005», prévient Mohab Kamel, trader chez le gérant alternatif Kara Energie à Genève. Peut-être une confirmation du ralentissement de l'économie américaine.