Le poker sur Internet fait fureur. Cette nouvelle mine d'or intéresse de près Wall Street. Le Barron's lui a consacré son dossier de fin février, suivi par un reportage de CNBC. La «pokermania» s'est amplifiée suite à un célèbre tournoi de l'été 2003 à Las Vegas des World Series of Poker. Le vainqueur, qui avait empoché 2,5 millions de dollars, s'était qualifié grâce au site de poker en ligne PokerStars. En 2004, le gagnant de ce même tournoi a vaincu 2600 joueurs et empoché 5 millions. Sa mise était de 10 000 dollars… gagnés sur un site de poker en ligne contre une mise initiale de 40 dollars!

Les firmes d'investissement décortiquent le phénomène des «cybercasinos». Les chiffres forcent le respect: en 2004, les casinos en ligne ont engrangé 8 milliards de dollars, soit 37% de plus qu'en 2003. Leurs recettes devraient croître d'au moins 20% par an ces prochaines années, selon Edison Investment Research. «Les jeux d'argent en ligne ne représentent encore que 2% du marché mondial des casinos, écrit la firme dans une étude de février. Ils recèlent donc un énorme potentiel, avec le déplacement de joueurs des casinos réels vers Internet, et l'attrait d'un public nouveau.» Les titres cotés des casinos virtuels ont gagné 63% en moyenne ces douze derniers mois.

Encore inexistant en 2000, le poker en ligne est devenu le moteur de cette croissance. Les 200 principaux sites ont décuplé leur chiffre d'affaires sur deux ans. L'an dernier, ils ont réalisé ensemble 2 milliards de dollars: c'est 40% de ce qu'ont généré les tables de poker glamour de Las Vegas. Les six principaux sites dégagent des marges opérationnelles d'environ 60%, estime le Barron's.

Les sites leaders, comme le numéro un PartyPoker.com exploité par le londonien PartyGaming, ou le numéro trois Poker Paradise opéré par Sportingbet, contrôlent l'un des marchés les plus lucratifs de l'industrie des jeux. L'action de Sportingbet, cotée à Londres, s'est envolée de 300% les douze derniers mois. La firme Investec Securities la conseille fortement à l'achat.

Dans ce contexte boursier pour le moins favorable, PartyGaming envisage d'entrer en Bourse à Londres, indique le Barron's. La cotation imminente du numéro un devrait consacrer Londres comme première Bourse des cybercasinos.

Ces prochains 12 à 18 mois, le Royaume-Uni est aussi en passe de devenir la plus grande juridiction réglementée pour les opérateurs de casinos en ligne. Une loi est en cours d'examen (UK Gambling Bill) qui, si elle passe, les autorisera à s'implanter sur sol britannique.

Domicile interdit aux Etats-Unis

A l'inverse, les jeux d'argent en ligne sont interdits aux Etats-Unis sur la base d'une interprétation controversée du Wire Act de 1961. Les opérateurs de sites de poker ciblant les clients américains sont domiciliés dans des juridictions offshore, comme l'île de Man ou les Caraïbes. Paradise Poker et PokerStars sont basés au Costa Rica, et PartyPoker à Bangalore, en Inde.

La suite? Les opérateurs explorent les nouveaux jeux, comme le bingo, et les supports d'avenir. Avec l'essor de l'UMTS, les «jeux casino» sur téléphones mobiles (mgaming) offrent un potentiel qu'explorent déjà des fabricants de logiciels et des opérateurs de casinos comme le britannique Ladbrokes. Des aspects techniques comme la vérification de l'âge, le mode de paiement, la sécurité, le roaming et la juridiction restent à régler. A plus long terme, la TV interactive pourrait devenir le prochain support. Pour l'instant, les opérateurs britanniques Skybet (BSkyB), William Hill et Littlewoods sont les seuls à avoir lancé des chaînes de casino interactif.