Le numéro deux de la Banque nationale suisse (BNS) se retire. Fritz Zurbrügg, entré à la direction de l’institution en 2012, prendra sa retraite à la fin du mois de juillet de l’année prochaine, selon un communiqué diffusé lundi matin.

Né en 1960 à Zurich, il a dirigé le troisième département, celui des marchés financiers, à partir d’août 2012. Il manquait un membre à la direction de la BNS, alors que Philipp Hildebrand avait quitté la présidence au début de la même année. Thomas Jordan avait repris le flambeau, Jean-Pierre Danthine avait pris la tête du deuxième département, celui de la stabilité financière, tandis que Fritz Zurbrügg faisait son entrée à la direction.

Fin du taux plancher

Outre les marchés financiers, le troisième département est aussi celui de la surveillance du franc et de la mise en œuvre de la politique monétaire. «C’est durant cette période qu’ont eu lieu en particulier la suppression du cours plancher pour l’euro ainsi que l’introduction du taux d’intérêt négatif et des interventions ciblées sur le marché des changes, destinées à contrer la fermeté du franc», rappelle la BNS.

Lire son interview en 2014: «Personne n’a jamais annoncé officiellement l’abandon du taux plancher de 1978»

Lors du départ de Jean-Pierre Danthine en 2015, il a ensuite hérité de son dicastère de la stabilité financière, tandis qu’Andréa Maechler le remplaçait au troisième département. «L’activité de Fritz Zurbrügg à la Banque nationale aura été marquée par le contexte international de taux bas, par plusieurs crises de dimension mondiale et par les mesures extraordinaires que la Banque nationale a dû prendre pour garantir la stabilité des prix», ajoute encore l’institution. Elle rappelle que c’est sous sa houlette que la Suisse a vu l’émission d’une nouvelle série de billets de banque.

Ancien du FMI et de l’AFF

A l’extérieur, son travail suscite plutôt des louanges, même si peu d’économistes développent. «En termes de politique monétaire, la communication est naturellement du ressort du président de la direction [Thomas Jordan, ndlr]», souligne Thomas Stucki, responsable des investissements de la Banque cantonale de Saint-Gall. Au bilan de Fritz Zurbrügg, il cite néanmoins ses propos sur la surchauffe dans le marché immobilier et les avertissements aux banques à ne pas être négligentes avec les prêts. «Mais il y a peu de choses que la BNS peut faire dans ce domaine». De son côté, Stefan Gerlach, chef économiste de la banque EFG à Zurich, considère que Fritz Zurbrügg a fait «un très bon travail».

Venu de l’Administration fédérale des finances (AFF), où il s’occupait notamment de la planification financière fédérale, de la mise en place du frein à l’endettement et de la gestion des liquidités et de la dette de la Confédération, Fritz Zurbrügg a également représenté la Suisse au Fonds monétaire international (FMI). C’est peut-être un Alémanique de naissance, mais il a aussi été aussi ces dix dernières années l’italophone de la direction générale. Avant de faire ses études d’économie politique à Berne, il a fait sa maturité à Rome et pratique sa «langue de cœur» avec sa famille.

Quid de la succession?

Dans son communiqué, la BNS ne dit encore rien du processus de succession. En principe, le conseil de banque propose un candidat qui doit être nommé par le Conseil fédéral. «Le processus naturel serait qu’Andréa Maechler passe au deuxième département et qu’elle laisse le troisième à un nouvel arrivant», explique Stefan Gerlach. Il voit un argument en faveur d’un outsider dans une direction à trois, donc relativement petite par rapport à d’autres banques centrales de pays comparables, pour éviter un risque de pensée unique si quelqu’un de l’intérieur est nommé. Aussi pour des raisons de diversité, un autre non-germanophone ou une autre femme pourraient aussi être une bonne chose.

Des profils possibles? Marlene Amstad, «qui aurait toutes les qualités, mais qui vient de prendre la présidence de la Finma», considère Stefan Gerlach. Trois autres personnes lui semblent tout aussi compétentes. Il cite ainsi Beatrice Weder di Mauro, professeure à l’IHEID et ancienne membre du Conseil allemand des experts économiques. Il voit également dans Aymo Brunetti un profil intéressant, d’autant qu’il est connu à Berne, et Cédric Tille, également professeur à l’IHEID mais déjà membre du conseil de banque de la BNS.

Pour Thomas Stucki, un candidat interne n’est pas à exclure, citant Thomas Moser, longtemps suppléant de Thomas Jordan et désormais celui d’Andréa Maechler. «Comme Thomas Jordan quittera à un certain moment la BNS, je peux aussi imaginer un externe avec un profil d’économiste, car cela viendrait sinon à manquer à la direction», estime-t-il, sans citer de noms possibles.